Archives par catégories : En salle – 2012

 

Réalisateur : Richard Linklater

Pays : USA/Grèce

Durée : 108 minutes

Genre : comédie dramatique

Acteurs : Julie Delpy, Ethan Hawke, Seamus Davey-Fitzpatrick

 

 

RESUME :

Une île grecque, une villa magnifique, en plein mois d’août. Céline et Jesse passent leurs vacances chez des amis. On se promène, on partage des repas arrosés, on refait le monde.

(en partie www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Il y a au moins deux décennies, Richard Linklater a passé une nuit à marcher dans les rues de sa ville avec une inconnue qu'il n'a plus jamais revue après. Cette rencontre lui a inspiré l'histoire de Before Sunrise, film qui date maintenant de 1995. Dans une interview parue en mai dans Les Cahiers du Cinéma, il explique qu'il n'a pas été recontacté cette jeune fille, même après le premier film. Chose qui l'avait étonné et déçu à l'époque. Et puis, des années plus tard (après Before Sunset si je me souviens bien), une personne s'est présentée à lui pour lui apprendre que cette inconnue était morte quelques années auparavant, alors qu'il était en train de faire les repérages pour le premier film.

 

 

Je viens de découvrir cette histoire (racontée par le réalisateur dans Les Cahiers du cinéma donc mais aussi dans le Positif de juin) et elle m'a émue. Je ne peux m'empêcher d'imaginer Richard Linklater dans le rôle de Jesse, attendant de voir si l'inconnue croisée des années auparavant viendra le retrouver maintenant qu'il a raconté leur nuit à deux dans une œuvre ayant obtenu une certaine reconnaissance du public. Le problème (car problème il y a) provient peut-être du fait que ce rendez-vous manqué m'a beaucoup plus touchée que le troisième film qu'il aura concouru à faire naître. Il m'a fallu du temps pour que je l'admette, tellement je voulais autant aimer Before Midnight que ses deux prédécesseurs, qui font partie de mes films préférés depuis tellement longtemps maintenant…

 

 

Je ne parlerai pas de l'histoire simplement parce qu'une partie du plaisir de Before Midnight est de découvrir ce que sont devenus Jesse et Céline après toutes ces années. Certes, vous savez qu'ils sont en Grèce. Si, comme moi, vous avez commencé à lire compulsivement ce qui a été écrit à sur lui, vous avez déjà connaissance d'une grosse partie de la trame de ce film. Trop, peut-être, justement.

 

 

Richard Linklater, Julie Delpy et Ethan Hawke continuent ici leur réflexion sur la vie, sur l'amour, sur le couple aussi. Le premier film évoquait les illusions de la jeunesse. Le deuxième la dure rencontre avec la réalité. Le troisième se concentre sur le long terme, sur le compromis, sur la rancœur, sur l'acceptation de ce qui révoltait auparavant également. D'avoir choisi la Grèce pour parler de la sagesse que l'on acquiert au fil de nos expériences est d'ailleurs amusant.

 

 

Le trio a en tout cas encore fait du bon boulot en nous offrant ici une histoire solide et évolutive, les personnages se révélant au fil des discussions, discussions qui ne sont d'ailleurs plus uniquement confinées à l'espace du couple mais qui permettent de se confronter aux autres. Le plus beau moment du film selon moi est d'ailleurs un débat à bâtons rompus sur la nature du couple et de l'amour autour d'une table bien garnie entre protagonistes d'âges divers, passage qui m'a réellement emballée et qui m'a également fait réfléchir, comme ce fut le cas avec les précédents films.

 

 

Car Before Midnight pose lui aussi des questions pertinentes sur la vie qui ronge l'amour, sur le couple et son quotidien, sur l'intimité, sur la fidélité, sur toutes ces choses qui construisent la vie à deux. Je dois encore être dans ma période Before Sunrise parce que je me suis rendu compte, en me retrouvant confrontée aux positions des personnages de ce film, que j'étais encore assez idéaliste à propos de certains sujets tout en comprenant la position peut-être réaliste, peut-être désabusée de Céline et de Jesse.

 

 

Peut-être que ma déception face à ce film provient d'ailleurs de cette confrontation entre mes idéaux et la réalité des personnages. Parce que j'ai trouvé Before Midnight intelligemment construit et scénarisé, superbement interprété et touchant dans son évolution. Mais il m'a manqué quelque chose. L'implication peut-être. Le rêve aussi, sûrement. Car c'est la réalité qui fraie son chemin dans une vie que les spectateurs des précédents opus n'ont pu s'empêcher de fantasmer. Cette histoire n'aurait pu évoluer autrement. Mais en même temps, j'aurais presque eu envie de croire que.

 

 

Donc je n'ai pas vraiment quelque chose de précis à reprocher à ce Before Midnight qui, dans l'absolu, m'a même plutôt plu. Mais j'espérais tellement plus. Je m'attendais à être autant emportée, bouleversée et émue que par les précédents films de la « série ». Et il m'a fallu quelques jours pour admettre que ce n'était pas le cas. S'il reste un complément des plus appréciables, Before Midnight n'est pas aussi indispensable à Before Sunset que ce dernier a pu l'être à Before Sunrise.

 

 

Au final, Before Midnight est un film admirablement scénarisé, réalisé et interprété. Il nous offre une histoire universelle et personnelle à la fois. La suite inévitable et évidente de Before Sunrise et Before Sunset. Mais il lui manque le charme et le rêve peut-être aussi qui m'ont rendu si indispensables les deux autres. Ce qui fait que je ne peux m'empêcher d'être quand même un peu déçue, malgré la qualité de la chose.

 

 

* * * (*)

 

 

Réalisateur : Colin Trevorrow

Pays : USA

Durée : 94 minutes

Genre : comédie douce-amère avec des relents éventuels de science-fiction (je ne vous dirai pas si c'en est ou pas, ce serait vous gâcher la surprise)

Acteurs : Aubrey Plaza, Mark Duplass, Jake M. Johnson

A trouver ici en DVD car il y a fort à parier qu'il ne verra pas l'ombre d'un écran de notre côté de l'océan (à part dans quelque festival perdu d'un coin paumé)…

 

 

RESUME :

Trois journalistes enquêtent sur le mystérieux auteur d'une petite annonce qui cherche un compagnon pour voyager dans le temps.

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Au départ de tout cela, une annonce classifiée parue dans une petite revue américaine en 1997. Après avoir fait parler d'elle jusque sur les plateaux de Jay Leno, elle deviendra une décennie et demie plus tard un film inattendu, décalé et incroyablement attachant.

 

 

Darius est une étudiante qui n'arrive pas à se couler dans le moule (et qui ne cherche pas à le faire). Lorsque le journal dans lequel elle effectue un stage s'intéresse à une petite annonce atypique, « Recherche : quelqu'un pour remonter dans le temps avec moi. Ceci n'est pas une blague. Vous serez payé après notre retour. Apportez vos propres armes. SECURITE NON ASSUREE », elle ressent le besoin de découvrir qui est derrière cette étrange requête. Elle part enquêter sur cette affaire en compagnie d'un autre stagiaire vivant par l'intermédiaire de son ordinateur et d'un journaliste confirmé souhaitant juste renouer le contact avec un amour de jeunesse. Ils retrouvent bien vite l'auteur de cette annonce. Se pose alors la question de savoir si c'est un illuminé paumé ou un génie ignoré…

 

 

Outre l'idée de base incroyablement séduisante, ce qui m'a attirée dans ce film, ce sont deux de ses acteurs principaux : Aubrey Plaza qui interprète le personnage le plus intéressant de la série Parks & Recreation (délicieuse dans ses deux premières saisons, décevante par après) ainsi que Jake Johnson qu'on peut retrouver chaque semaine dans New Girl (qui a été laborieuse au démarrage mais qui est sympathique mainteant). Ils sont ici pareils à eux-mêmes ou, plutôt, à l'image que ces séries leur ont donnée, ce qui est aussi enthousiasmant que décevant, j'aurais aimé les voir tous deux dans un autre registre mais j'apprécie de les retrouver tels que je les aime. Ce petit détail mis à part, j'ai complètement été enchantée par Safety Not Guaranteed, qui m'a séduite par sa simplicité et son étrangeté.

 

 

Pourtant, de manière globale, rien de réellement remarquable. L'histoire est quelque peu prévisible, la réalisation parfois plate et les acteurs pareils à eux-mêmes (donc). Mais cette mise en scène hésitante devient touchante et réellement plaisante, ces interprètes jouant des rôles attendus sont juste parfaits et ce récit aux apparences convenues est en fait rempli de moments remarquables et de trouvailles admirables. Et tout cela mis ensemble donne un film qui semble être en état de grâce, parfait par toutes ces imperfections en constituant le charme.

 

 

D'ailleurs, un des intérêts du film, c'est justement une chose qu'on lui aurait reprochée dans une oeuvre « mainstream » : le fait qu'autour de l'histoire principale se développent des intrigues secondaires aussi intéressantes que celle-ci, si pas plus, et qui prennent parfois le dessus sur le fil rouge du récit. Chaque personnage a ses hésitations, ses difficultés et, au final, son moment. Et à chaque fois, alors qu'on frôle le convenu, Colin Trevorrow arrive à nous surprendre ou à nous émouvoir. Rien n'est révolutionnaire, certaines leçons de vie sont d'une banalité marquée mais le ton utilisé pour nous les transmettre est tellement juste qu'on ne s'en irrite pas, on est au contraire touchés.

 

 

Safety Not Guaranteed détonne dans un univers d'images maîtrisées et d'histoires rondement menées qui ne laissent plus de place à l'imagination. Ici, on se retrouve avec des morceaux d'intrigues offrant un récit continu mais qui en laissent deviner d'autres attenants, des petits bouts de vie à la fois proches de nous et « autres ». Mais, surtout, il sort de tout cela une mise en avant de l'altérité qui ne découle pas d'un effet de mode mais d'une réelle conception de la vie. Ainsi qu'une voix cinématographique à suivre, absolument.

 


 

J'ai souvent dit que j'avais beau être impressionnée par des films académiquement et stylistiquement maîtrisés, je préférais, et de loin, les œuvres imparfaites mais marquées par la vision du monde de leur(s) concepteur(s). C'est clairement le cas de Safety Not Guaranteed et c'est pour ça qu'il sera un de mes coups de cœur de l'année, de ces films qui me rassurent sur ma capacité à être encore émerveillée et emportée par les productions cinématographiques actuelles, même si je réalise que ceux-ci se révèlent souvent du même « gabarit ».

 

 

Maintenant, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit : Safety Not Guaranteed n'est pas un film qui devrait faire ou fera l'unanimité. Il est trop personnel, trop « orienté » pour ça. Mais, justement, c'est ce qui le rend intéressant, cette propension à ne pas se couler dans un moule et à accepter d'en irriter certains et d'en indifférer d'autres.

 

 

Au final, Safety Not Guaranteed est une petite perle imparfaite et inattendue qui m'a complètement emportée. A découvrir si la bande-annonce vous parle (et non, elle ne révèle pas tout)(pardon, je n'ai pas réussi à mettre la main sur une version avec des sous-titres français). Autrement, il vaut mieux passer votre chemin.

 

 

* * * **

 

Réalisateur : Thomas Vinterberg

Pays : Danemark

Durée : 111 minutes

Genre : drame

Acteurs : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp

 

 

RESUME :

Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s'applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s'illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l'hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Parfois, on tombe sur des choses nous bouleversant tellement qu'on ne sait qu'en penser. On va à leur rencontre par hasard, pour une raison aussi triviale qu'un acteur qu'on admire (Mads Mikkelsen) ou pour une autre aussi évidente qu'un réalisateur qui nous intéresse énormément (principalement à cause d'It's all about love). Quand je suis sortie de la salle dans laquelle j'ai vu La Chasse, j'en voulais au monde entier. Pas parce que je n'avais pas aimé ce film. Mais parce qu'il m'avait rappelé certaines caractéristiques humaines aussi compréhensibles qu’écœurantes. Et je ne savais pas si avoir réveillé ce sentiment de haine chez moi était une bonne chose ou le signe d'un film étant peut-être allé trop loin.

 

 

Lucas a la quarantaine triste : divorcé, il n'arrive pas à voir son fils régulièrement et a dû prendre un boulot dans un jardin d'enfants après la fermeture de l'école où il travaillait. Vivant dans un endroit où tout le monde se connaît, il partage son temps libre entre ses amis et la chasse, pratiquant la seconde avec les premiers. Son meilleur ami a une petite fille de 5 ans qui l'apprécie énormément. Dans un élan d'enthousiasme, elle lui offre un cadeau en l'embrassant. Gêné, Lucas essaie de poser des limites mais la fillette le prend mal. Le soir, elle raconte à quelqu'un que Lucas a eu des gestes déplacés envers elle…

 

 

La pédophilie est un sujet délicat, d'autant plus dans le contexte actuel. Il est difficile d'avoir un regard lucide et détaché sur ce qui entoure la chose, de ne pas diaboliser l'adulte, de ne pas angéliser l'enfant. Dès lors, oser aborder la question de l'innocence de l'accusé, voire "pire", montrer que, si, les enfants peuvent mentir, tout cela demande non seulement une certaine dose de courage mais également une capacité à raconter sans manichéisme appelant finesse et subtilité. Or, Thomas Vinterberg fait preuve de toutes ces qualités, et d'encore plus d'ailleurs.

 

 

C'est que La Chasse nous offre une histoire troublante, perturbante sans pour autant être étouffante ou déprimante (ce qui est déjà énorme en soi, surtout à une époque où la surenchère dans les drames est de mise pour soi-disant emporter l'enthousiasme)(il suffit de voir le dernier J. K. Rowling…). Personne n'est diabolisé, personne n'est critiqué. Et c'est justement ce qui est à la fois exaltant et difficile à accepter. D'un côté, nous avons un homme injustement accusé de ce qui est considéré comme un des pires crimes à notre époque. Il doit vivre avec la haine de ceux qui l'entourent et ne pourra plus jamais ôter ce doute de l'esprit des gens le connaissant. On ne peut que s'indigner et compatir. On souhaite ardemment que justice soit faite, on veut haïr ses persécuteurs. Mais il nous faut admettre que ces derniers sont des gens confrontés à un soupçon tellement difficile, tellement énorme que nous devinons pertinemment l'impossibilité de s'en dépêtrer. Pire, nous devons admettre que nous aurions peut-être réagi comme certains d'entre eux. Et la conscience du fait de savoir que nous aurions pu nous-même nous retrouver du côté des bourreaux est terrible, glaçante.

 

 

C'est là toute la force de La Chasse. Ce film à la mise en scène d'une sobriété élégante frôlant la perfection et d'une interprétation sans faille de la part de tous ses acteurs fait naître le doute en nous : serions-nous capable de prendre du recul face à une situation de ce genre ? Aurions-nous la force de ne pas nous laisser emporter par la vindicte populaire ? Pourrions-nous remettre en cause les paroles d'un enfant ? N'aurions-nous pas fait partie de ceux acceptant qu'une personne que nous estimions soit en fait un être affreux ? Montrer l'horreur de la persécution tout en nous faisant comprendre que nous pourrions être aussi facilement le persécuté que le persécuteur, c'est un tour de force incroyable. Et qui ne laisse pas indifférent.

 

 

Mais il n'y a pas qu'à Thomas Vinterberg qu'il faut jeter des fleurs. Le Chasse repose presque entièrement sur les épaules d'un Mads Mikkelsen encore une fois incroyablement parfait. Cet acteur est tellement bon que c'en devient exaspérant. J'en viens presque à espérer le voir mal jouer dans un film, histoire de me rassurer sur son côté humain. Mais rien à faire, il excelle dans tout ce qu'il fait, alors qu'il varie allègrement les rôles et les genres.

 

 

Et donc, j'ai été bouleversée par La chasse. Je suis sortie de la salle remplie de haine. J'ai été touchée, j'ai été remuée, j'ai été marquée. De combien de films puis-je réellement dire cela ? De ce fait, est-ce que ça n'en fait pas une œuvre importante ? N'avons-nous pas besoin d'être bousculés de temps en temps ? Sans qu'on nous dicte tout ce qu'il faut ressentir, sans qu'on nous impose une seule manière de comprendre les choses, sans qu'on nous force à penser ce que le réalisateur pense ? Sortir du manichéisme pour voir le monde dans sa complexité, voilà ce que le cinéma peut apporter, quand il est servi par une personne croyant en la capacité des spectateurs à donner du sens à ce qu'elle leur donne à voir. Et il faut encourager ceux qui osent croire en nous…

 

 

Au final, La Chasse est un film qui ne peut laisser indifférent. Il est éprouvant, mais il est également indispensable, ne serait-ce que parce qu'il nous rappelle à quel point il est facile de juger autrui, à quel point il est difficile de faire comprendre aux autres que l'image qu'ils ont de nous est guidée par des croyances erronées et non par la réalité. La question reste de savoir si nous pouvons admettre cette vérité sans nous dire « non, pas moi voyons… ».

 

 

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