Archives par catégories : En salle – 2013

 

Réalisateur : Ben Stiller

Pays : USA

Durée : 114 minutes

Genre : comédie, aventure

Acteurs : Ben Stiller, Kristen Wiig, Sean Penn

 

 

RESUME :

Walter Mitty est un homme ordinaire, enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais. 

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Il y a des films sans surprise pour vous : vous savez que vous allez les aimer. Peut-être vous conditionnez-vous pour que ce soit le cas (certainement même). Mais le résultat est souvent le même et vous voilà confortés dans vos attentes et vos goûts. Cependant, même si je sais que je m'étais préparée à être enchantée, j'ai quand même pu percevoir les défauts de La vie rêvée de Walter Mitty. Qui ne me l'ont pas moins fait aimer.

 

 

Walter Mitty est un quarantenaire timide et maniaque. Sa vie est ordonnée. Trop peut-être. Jeune, il voulait voyager et cette envie ne l'a pas quitté mais il n'a jamais pu la réaliser, ayant endossé à 17 ans le rôle d'homme de la famille, veillant sur sa mère et sa sœur depuis. Amoureux de la nouvelle employée de Life, la revue pour laquelle il travaille, il n'arrive pas à se déclarer à la dame et se contente de rêver éveillé à toutes les grandes choses qu'il pourrait faire pour la conquérir. C'est que Walter est devenu un grand daydreamer, déconnectant de temps en temps du monde réel pour vivre ses fantasmes. Cependant, le jour où un négatif plus qu'important pour sa carrière disparait, il n'a d'autre choix que de se mettre à la recherche du photographe qui pourrait savoir où celui-ci se trouve. Ce à travers le monde.

 

 

La vie rêvée de Walter Mitty est un film qui cache bien son jeu. D'allure lisse, d'histoire convenue, il renferme une infinité d'espoir et de poésie dans les plans les plus simples. Volontairement naïf, il offre au spectateur le plaisir de rêver et de voyager. Stop. On dirait que je parle comme une attaché de presse voulant vendre son produit. Il m'est difficile de ne pas avoir recours à des formules toutes faites parce que j'ai du mal à exprimer ce que je veux réellement dire. Tentons autrement.

 

 

Le principal reproche que l'on pourrait faire à La vie rêvée de Walter Mitty, c'est sa mise en scène extrêmement policée et son côté « carte postale ». A l'image du personnage qu'il interprète, Ben Stiller semble vouloir contrôle de manière excessive tout ce qui se trouve devant la caméra. Il enchaîne les plans à la National Geographic et s'amuse à ravir nos yeux par une nature grandiose face à une ville un peu trop carrée et maîtrisée mais tout autant esthétisée. L'opposition est claire et voulue car le réalisateur joue de la caricature pour faire naître l'émotion. Et là où ce choix aurait dû me freiner, il m'a réellement plu. C'est que j'ai apprécié le sens du détail d'un Stiller qui arrive à glisser des petites trouvailles visuelles enthousiasmantes cassant la banalité de la beauté (ainsi que des délires incroyables, comme cette course-poursuite déjantée entre Walter et un collègue-ennemi lui ayant volé son jouet). C'est le petit plus qui a fait glisser la réalisation du « convenu et trop léché » à l'enthousiasmant à mes yeux.

 


 

On pourrait également dire que La vie rêvée de Walter Mitty hésite trop sans se décider, passant de la comédie à l'aventure en s'arrêtant au drame et à la romance pour quelques brefs instants. De ce fait, on ne rit pas franchement, on ne s'attendrit pas assez face à l'histoire d'amour et on n'apprécie pas entièrement l'action teintée d'un sentiment voguant entre absurdité et sourire doux-amer. Là encore, c'est justement ce qui m'a séduite. Contrairement à ce que je craignais, Ben Stiller n'en fait pas des tonnes. Non que sa carrière de réalisateur ait pu me faire craindre la chose (après tout, il a réalisé une de mes comédies romantiques préférées, Reality Bites). Il ne force pas l'émotion, il nous laisse libre de la ressentir ou pas, de plonger dans l'histoire ou de juste l'apprécier sans plus, sans nous tirer par la main en criant « mais aime-moi ! ». Ce qui me fait dire que ce film ne séduira pas d'office un grand public. Cela dépendra des affinités de chacun avec l'humour de Stiller ou avec sa manière de nous diriger là où il veut.

 

 

Cependant, si ces défauts-là ne m'ont pas dérangée (au contraire), il y en a deux autres qui, eux, ont quelque peu diminué mon plaisir. Pas de beaucoup, mais quand même. Le premier, c'est le manque de « subtilité » dans l'histoire. La vie rêvée de Walter Mitty est tiré d'une nouvelle de James Thurber (qui a été éditée par Robert Laffont dans la collection Pavillons poche dans un recueil malheureusement épuisé)(oui, j'ai vérifié). Si je n'ai pas lu cette nouvelle, je viens tout juste de voir le premier film qui en a été tiré en 1947, après avoir découvert la version de Ben Stiller de cette histoire (qui n'a quasiment rien à voir avec son prédécesseur si ce n'est qu'il s'agit d'un rêveur éveillé et qu'il se retrouve embarqué dans une aventure qui le dépasse). Et celui-ci comporte ce que je recherchais dans la nouvelle adaptation : un jeu sur le doute. Très vite, Ben Stiller nous laisse comprendre que ce que vit Walter Mitty est réel. On pourrait croire à un rêve mais il utilise assez de codes nous laissant comprendre que ce n'est pas le cas pour que nous ne nous posions même plus la question. La version de Norman Z. McLeod, elle, s'amuse à jouer de nos convictions pour nous faire nous questionner sur la santé mentale du personnage principal. Ce n'est que vers la fin des aventures de Mitty que nous saurons exactement de quoi il retourne. Ce doute m'a manqué ici, j'aurais aimé que le tout ne soit pas si linéaire, si prévisible.

 

 

La seconde chose qui m'a quelque peu déçue, c'est la fin. Sans vouloir rentrer dans la caricature du « c'est normal, c'est un film américain », je trouve que Ben Stiller nous donne trop de choses, trop d'éléments de résolution. Pour être réellement marquant (à mes yeux), le film aurait dû se terminer cinq minutes avant sa fin réelle, à la scène du piano (comprendront ceux qui l'auront déjà vu). Après, le plaisir de l'incertitude est balayé par un enchaînement d'explications qui retirent la magie du reste. C'est charmant, c'est touchant même mais j'ai eu l'impression qu'on m'enlevait la partie de l'histoire que je pouvais moi-même rêver, ce qui est particulièrement dommage pour un film sur un rêveur…

 

 

Malgré ces critiques, j'ai quand même beaucoup aimé ce film qui m'a emportée, transportée même et émue. J'ai ressenti un bien-être tellement agréable en le regardant que je ne risque pas de l'oublier de sitôt. Je regretterai juste que Stiller ne soit pas allé plus loin que l'évidence afin de nos livrer une histoire non pas uniquement magique mais également inoubliable.

 

 

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Réalisateur : Bill Condon

Pays : USA

Durée : 129 minutes

Genre : biopic, drame, thriller, politique

Acteurs : Benedict Cumberbatch, Daniel Brühl, Anthony Mackie

 

 

RESUME :

En rendant publics des documents confidentiels, ils ont fait vaciller les plus grands pouvoirs de la planète. La révélation d’informations ultra-secrètes explosives a mis en lumière un monde jusque-là inconnu. WikiLeaks a changé la donne à jamais. Comment Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, et Daniel Domscheit-Berg, ont-ils pu obtenir ces documents ? Comment est né leur site qui, en quelques mois, a réussi à révéler bien plus de secrets que tous les plus grands médias officiels réunis ?

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Des fois, des événements incroyables se déroulent autour de nous et on ne les suit que de distraitement, de loin, sans réellement comprendre de quoi il retourne. WikiLeaks, j'en connaissais surtout les scandales, les tentatives d'arrestation d'Assange et l'importance des révélations faites par le site. Je regrette de ne pas avoir suivi la chose de plus près maintenant, Le cinquième pouvoir m'a donné envie d'en savoir plus, beaucoup plus.

 

 

Nous découvrons ici l'histoire de WikiLeaks depuis l'arrivée de Daniel « Schmitt » Domscheit-Berg jusqu'à son départ du projet. Normal, Le cinquième pouvoir s'inspire en grande partie du livre que celui-ci a écrit sur sa période passée auprès de Julian Assange. Nous apprendrons ainsi comment le site s'est consolidé et a réussi à faire parler de lui, au point qu'il est devenu une source pour les journalistes se retrouvant doublés sur le terrain des informations obtenues par des anonymes prêts à tout pour révéler la vérité au grand public. Grand public qui, malheureusement, ne s'en préoccupe guère la plupart du temps…

 

 

J'ai été très étonnée en revenant de ce film de découvrir qu'il s'était fait laminer et par la presse et par les critiques amateurs. De mon côté, je n'ai pas vu le temps passer en le regardant et j'ai été passionnée par son propos. Certes, le point de vue est ici biaisé car, contrairement à ce que j'ai lu à beaucoup d'endroits, Le cinquième pouvoir prend parti, il offre un point de vue, celui de Daniel. Ce n'est pas l'histoire de WikiLeaks qui nous est offerte, mais l'histoire de WikiLeaks vue par une personne qui l'a aidé à vivre et à un peu mourir. Mais il lance beaucoup de pistes de réflexion que nous, spectateurs, sommes libres d'aller creuser après. Qui est réellement Assange ? Quel est le prix à payer pour la vérité ? Est-ce que protéger des personnes d'un danger de mort, c'est mentir ou cacher l'information ? A-t-on le droit de détruire la vie de certains parce qu'ils ont fait un mauvais choix à un moment ou à un autre ? C'est que les réponses ne nous sont pas forcément données ici et nous pouvons construire notre opinion à partir des choses qui nous sont racontées.

 

 

Bon, pour être honnête, ce n'est pas tout à fait vrai. Le personnage de Julian Assange, entièrement perçu à travers le regard de Daniel, est surtout le reflet du ressentiment grandissant de celui qui quittera WikiLeaks. Dès lors, le propos est tout de même à prendre avec des pincettes. Mais le film a l'honnêteté de s'intéresser vers la fin à ce qui se passe de l'autre côté, chez les personnes incriminées et qui subiront les lourdes conséquences de certaines fuites d'informations. Le cinquième pouvoir aurait pu plus insister sur la chose mais il l'aborde, c'est déjà ça.

 

 

Cependant, j'ai pris ce film pour ce qu'il est, c'est-à-dire une fiction avant tout. Car tout est mis en scène, travaillé pour donner un scénario solide et plaisant à la fois, et donc forcément romancé. Comme cette relation amoureuse qui vient coller à Daniel et qui est totalement inutile. Cependant, elle permet d'humaniser un personnage parfois un peu creux, pas assez travaillé par rapport à un Julian fascinant malgré son côté odieux.

 

 

Parlons justement des acteurs. Ce film, c'est un peu la fête aux anglophiles (encore plus s'ils aiment les séries), entre Peter « futur Dr Who » Capaldi, David « mange du chocolat, Harry » Thewlis, Dan « vive Downton Abbey et Raison et Sentiments » Stevens ou encore, et surtout, Benedict « Sherlock » Cumberbatch (et je retiens le journaliste de La Première qui a dit que cet acteur était connoté « méchant » parce qu'il était surtout connu du public pour son rôle de Khan dans Star Trek et de Smaug dans Le Hobbit)(non, mais, sérieusement?). Rajoutons à cela les deux acteurs allemands que l'on voit absolument à chaque fois dans les productions internationales, Moritz « Cours, Lola, Cours » Bleibtreu et Daniel « je suis partout mais surtout dans Good Bye, Lenin ! » Brühl (qui porte très bien la barbe soit dit en passant)(information inutile et primordiale s'il en est) et vous avez un joli casting plus qu'alléchant qui compte également Laura Linney (une des rares femmes du film) et Stanley Tucci du côté américain. Et tout ce beau monde joue superbement. Mais j'avoue que le côté « people » du film m'a parfois un peu distraite (comme quand j'ai vu dans la même pièce le prochain Docteur Qui et Sherlock Holmes)(je n'ai pas pu m'empêcher de ricaner stupidement)(heureusement, on n'était que cinq dans la salle, la honte a été limitée)(j'ai eu la même réaction quand l'action s'est soudainement déroulée dans la gare de Liège-Guillemins ou dans un métro bruxellois)(ou quand, en VF, Assange parle du « Neuromancier » qui est censé être le « Neuromancien »…)(mais ça, c'est une autre histoire qui n'a plus rien à voir avec ce que je racontais)(passons).

 

 

A tout cela, il faut rajouter une mise en scène soignée, prenante, parfois un peu trop « à la mode » et qui a tendance à prendre le spectateur pour un imbécile quand on en vient à la visualisation des opérations informatiques mais plaisante et plutôt efficace globalement. Dès lors, il serait dommage de bouder ce film qui a le mérite de poser quelques bases tout en nous permettant d'aller voir plus loin par nous-mêmes après. En même temps, il faut réussir à le voir. Il ne passera déjà plus demain ici et ne semble pas être programmé dans beaucoup de cinémas (je me demande encore par quel miracle il est passé dans le mien)(certainement suite à un achat par paquet). Une semaine à l'affiche, c'est peu pour laisser le temps au bouche-à-oreille de fonctionner, surtout quand la presse s'acharne autant à dissuader les spectateurs (et je ne comprends vraiment pas pourquoi)…

 

 

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Réalisateur : Joseph Gordon-Levitt

Pays : USA

Durée : 90 minutes

Genre : comédie sociétale

Acteurs : Joseph Gordon-Levitt, Scarlett Johansson, Julianne Moore

 

 

RESUME :

Jon Martello est un beau mec que ses amis ont surnommé Don Jon en raison de son talent à séduire une nouvelle fille chaque week-end. Mais pour lui, même les rencontres les plus excitantes ne valent pas les moments solitaires qu'il passe devant son ordinateur à regarder des films pornographiques. Barbara Sugarman est une jeune femme lumineuse, nourrie aux comédies romantiques hollywoodiennes, bien décidée à trouver son Prince Charmant. Leur rencontre est un choc, une explosion dans la vie de chacun. Bourrés d'illusions et d'idées reçues sur le sexe opposé, Jon et Barbara vont devoir laisser tomber leurs fantasmes s'ils veulent avoir une chance de vivre enfin une vraie relation.

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Joseph Gordon-Levitt occupe une place certaine dans mon univers cinématographique, ce depuis un grand nombre d'années. C'est un de ces acteurs avec lesquels j'ai grandi. Je l'ai découvert dans l'excellent Third rock from the sun, je l'ai apprécié dans 10 things I hate about you (très bonne comédie pour ados, je la regarde encore régulièrement avec beaucoup de plaisir), plus tard il m'a troublée dans Mysterious Skin et, depuis, je suis sa carrière de près. Je n'ai pas aimé tous les films qu'il a fait mais je n'ai jamais rien eu à reprocher à son jeu. Dès lors, j'étais curieuse de voir ce qu'il donnerait de l'autre côté de la caméra. Après tout, les acteurs devenus réalisateurs nous ont livré quelques perles ces dernières années (je pense notamment à Zach Braff, Ben Stiller, Ben Affleck ou George Clooney). Résultat ?

 

 

Jon Martello est un jeune homme à la vie bien ordonnée. Il prend soin de son corps, il prend soin de sa voiture, il prend soin de son appartement. Il travaille plusieurs soirs comme barman, il lève une bimbo tous les samedi, il va à l'église tous les dimanches et dîne avec sa famille toutes les semaines. Et savoure son porno aussi souvent que possible. C'est que bien que Jon le Don Juan n'ait aucun mal à avoir une femme dans son lit, il n'arrive jamais à prendre autant son pied qu'avec un porno. Jusqu'à ce qu'il croise Barbara Sugarman. Cette fille qui s'est refusée à lui le premier soir est la plus belle chose qu'il ait jamais vue. Il se met à se demander si une petite-amie régulière ne pourrait pas mieux l'aider à combler ses désirs sexuels. Il tente le coup. Et se retrouve à devoir prendre des cours du soir, regarder des films à l'eau de rose et, surtout, arrêter de regarder des pornos pour satisfaire sa belle. Mais comment faire ?

 

 

Oui, le sujet de base de ce film est plutôt osé. Il faut d'ailleurs savoir que Joseph Gordon-Levitt ne nous épargnera aucune gêne, même s'il reste extrêmement discret et « PG13 » dans ce qu'il nous montre. Don Jon parle ouvertement de sexualité et de rapport à la « masturbation assistée ». Mais le propos du réalisateur/acteur va bien plus loin que cette première préoccupation et c'est ce qui a retenu mon attention.

 

 

Évacuons tout de suite la question de la mise en scène pour parler du fond de ce film. Si je n'ai absolument rien à reprocher à la réalisation de Gordon-Levitt, qui nous livre ici un film impeccable, au montage minuté et faussement répétitif, je regrette un peu le manque de fantaisie, de relâchement. Et en même temps, je ne saurais entièrement lui tenir rigueur de la chose car cette mise en scène colle parfaitement au personnage décrit et devient d'ailleurs moins rigoriste quand ce dernier se relâche. Dès lors, c'est une forme voulue, travaillée et faisant sens. Mais incroyablement lisse.

 

 

Là où mon intérêt s'est réveillé, c'est avec ce que Joseph Gordon-Levitt dénonce habillement dans son film. Tout commence au générique, qui dans sa simplicité explique tellement. Nous y voyons une succession d'images d’Épinal de la télévision, des images qui façonnent les enfants, les adolescents puis les adultes que nous avons été et que nous sommes. Des images que nous avons tous vues des centaines, des milliers de fois. Cette pin-up de dessin-animé en grand décolleté sifflée par un loup amoureux. Ces filles qui agitent leurs fesses sous le nez d'un chanteur à la mode dans des clips qui se suivent et se ressemblent. Ces femmes interchangeables vêtues de manière ridicule dans divers jeux télévisés. Ces publicités remplies de femmes ne portant presque rien pour vendre des produits qui n'ont rien à voir avec leur tenue. Etc. etc. etc. Voilà qui annonce ce qui viendra. Car Don Jon nous parle d'une personne nourrie à ces images qui a fini par dévier (naturellement) vers le porno et qui a construit ses attentes amoureuses en fonction de la peinture irréaliste que fait ce genre cinématographique des relations sexuelles.

 

 

Mais la critique ne s'arrête pas là. Car nous avons l'extrême inverse, du côté des femmes cette fois, incarné par Barbara Sugarman qui, elle aussi, a construit ses attentes en fonction de ce que la télévision et le cinéma lui ont appris. Si ce n'est qu'elle a versé dans le côté romanesque de la chose et a déterminé le profil de l'homme idéal en fonction de ceux qui sont offerts dans les comédies romantiques. Un homme doit avoir un travail important, qui rapporte de l'argent. Il doit être un gentleman, il doit maîtriser ses pulsions sexuelles, il doit la protéger et lui offrir une maison, une famille, des vacances au soleil, le ski en hiver et tout ce dont elle rêve. Quand elle sort avec Jon, ce n'est pas de l'homme dont elle tombe amoureuse mais du potentiel de celui-ci à pouvoir remplir sa liste d'attente et à rentrer dans le moule du petit-ami idéal qu'elle a construit au fil des années et des films.

 

 

Au-delà de la question de l'addiction au porno, Don Jon est donc un film qui propose une réflexion lucide et, me semble-t-il, pertinente sur la construction de nos attentes. On pourrait éventuellement lui reprocher de trop trancher la chose selon les sexes. Mais ce serait oublier l'apparition d'un tiers personnage, le plus intéressant de l'histoire, incarné par une Julianne Moore encore une fois attendrissante et amusante à la fois. Suivant les mêmes cours du soir que Jon, elle va lui permettre de réfléchir à sa relation aux femmes et à ce qu'il souhaite réellement.

 

 

Le tout est peut-être un peu simpliste, trop facile à se résoudre, mais n'en reste pas moins appréciable. C'est que Don Jon nous offre le genre de dénonciation sociétale qui me parle. Tout en sachant que si l'on n'est pas d'accord avec le propos, le réalisateur ne nous étouffe pas de son point de vue et nous laisse voir ce que nous voulons. Après tout, il est possible de considérer ce film comme l'histoire d'une femme et d'un homme, pas d'une génération…

 

 

Don Jon est donc une première réalisation réussie, peut-être un peu trop lisse et propre sur elle, mais intelligente et pertinente. Joseph Gordon-Levitt ose parler de son sujet et arrive à le transcender en lui offrant plusieurs niveaux de lecture. Chapeau donc.

 

 

* * * (**)

 

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