Archives par catégories : En salle – 2014

 

Réalisateur : Dan Gilroy

Pays : USA

Durée : 117 minutes

Genre : drame, thriller

Acteurs : Jake Gyllenhaal, Rene Russo, Riz Ahmed

 

 

RESUME :

Branché sur les fréquences radios de la police, Lou parcourt Los Angeles la nuit à la recherche d’images choc qu’il vend à prix d’or aux chaînes de TV locales. La course au spectaculaire n'aura aucune limite…

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Je suis très cliente des analyses et critiques du monde des médias, quel que soit le format. Mais il faut bien reconnaître que ces derniers temps, elles reviennent souvent à la simple dénonciation sur le mode « tous pourris, tous vendus, tous prêts à n'importe quoi pour un peu plus d'argent ». Ce n'est pas que c'est faux, c'est juste que ça va rarement plus loin. Nightcrawler ne fait pas exception à la règle mais, contrairement à ses nombreux clones, ce film ose aller dans le cynisme le plus total pour nous faire découvrir un monde qui n'est plus immoral mais juste amoral. Il n'est plus question de dire « c'est mal » mais de nous montrer des personnages qui s'inscrivent en dehors de cette notion de mal.

 

 

Lou Bloom recherche désespérément du travail. Se formant sur internet, il essaie d'appliquer diverses techniques de marketing pour se faire embaucher. En attendant, il commet quelques menus larcins afin de s'en sortir qui le mènent à des crimes plus violents. Un jour, alors qu'il s'est arrêté pour observer un sauvetage en pleine nuit, il découvre une source de revenus qui semble lui convenir : voler des images violentes, choquantes, effrayantes pour les vendre à un journal parlé qui s'amusera à les mettre à la une afin de faire des vues. Il se laisse prendre par le jeu du chat et de la souris amené par ce type de « métier » et devient un des fournisseurs de choix de la productrice de journal avec laquelle il fait affaire en exclusivité. Mais jusqu'où le laissera-t-on aller en toute impunité ?

 

 

Si Nightcrawler se penche sur la violence dans les médias, il interroge plus le monde qui produit et consomme cette violence que ceux qui l'exploitent pour faire monter les chiffres. En effet, le personnage central n'est pas simplement un être avide de gloire et d'argent, c'est avant tout un homme dénué de compassion, qui ne ressent aucune empathie, qui répond à la définition actuelle de la psychopathie en quelque sorte. Lou Bloom est un personnage fascinant et glaçant parce qu'il n'est arrêté par rien de ce qui nous aurait freiné dans sa situation. Il s'inscrit en dehors de notre morale. L'ironie réside dans le fait que son horrible parcours dans ce film n'est autre que celui du rêve américain, du self-made-man parti de rien et montant un business, un empire peut-être qui sait si rien ne vient l'arrêter en chemin. Et ce qui est vraiment effrayant dans tout ça, c'est qu'un Lou Bloom puisse exister, évoluer et sévir sans que rien ni personne ne vienne l'empêcher d'agir.

 

 

Quand je dis personne, c'est compter sans celui qui incarnera la conscience absente de Lou, cet employé qu'il engage pour être son assistant et qui se révélera avoir pour rôle de mettre en avant ce qui ne va pas dans le comportement de son employeur. Ainsi, Nightcrawler déplace le débat, transformant un « jusqu'où peuvent aller les médias ? » en « jusqu'où lesdits médias nous laisseront aller ? ». J'aime beaucoup ce glissement plutôt original et assez dérangeant, mis en avant par un film qui ose justement aller jusqu'au bout de son propos, au risque de perdre en crédibilité. Mais c'est que la crédibilité n'est pas la question ici. On nous demande plutôt de réagir face à celui qui incarne une sorte de côté sombre d'une humanité qui se rassurera en se disant « je ne suis pas aussi amorale et dangereuse que cet homme, là, à l'écran ». Mais est-ce vraiment le cas… ?

 

 

Pour incarner cet homme qui nous rassure en nous renvoyant ce que nous pensons être une image en négatif mais qui n'est qu'un reflet à peine déformé de nous-mêmes, Dan Gilroy a choisi un Jake Gyllenhaal bluffant, qui prouve encore une fois – si besoin en était – à quel point il joue dans la cour des Grands. L'acteur habituellement charismatique a perdu un peu de poids et met en avant sa physionomie perturbante. Il a toujours eu ces yeux, cette bouche, ce nez trop grands, qui mangent son visage. Mais ils sont ici hantant, accentués, comme pour aider à constituer un double « démoniaque » de cet homme charmant que nous connaissons, nous montrant ainsi concrètement ce que le film fait métaphoriquement.

 

 

Nightcrawler est donc un film audacieux, dérangeant, pertinent mettant en scène une société qui vit en laissant vivre, qui semble ne plus être en mesure de juguler ce qui lui nuit. Il critique les excès des médias mais également notre aveuglement, notre participation à un système qui s'auto-alimente. Troublant. Nécessaire.

 

 

 

PS : S'il te plaît, Hollywood, laisse vieillir tes actrices sans les obliger à se défigurer à ce point, ça devient juste douloureux là…

 

 

 

Réalisateur : Christopher Nolan

Pays : USA

Durée : 169 minutes

Genre : science-fiction, space opera

Acteurs : Matthew McConaughey, Anne Hathaway, Michael Caine

 

 

RESUME :

Le film raconte les aventures d’un groupe d’explorateurs qui utilisent une faille récemment découverte dans l’espace-temps afin de repousser les limites humaines et partir à la conquête des distances astronomiques dans un voyage interstellaire. 

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Interstellar est le film du moment, celui dont il est bon ton de dire du mal quand on veut prouver son esprit critique ou qu'il est normal d'apprécier quand on a des rêves d'étoiles dans la tête et dans le cœur. Comme souvent quand il s'agit d'une œuvre de Nolan, le film divise et les débats sans fin hantent la toile afin de déterminer si son réalisateur est un imposteur ou un visionnaire. En ce qui me concerne, ce film m'a autant fait rêver qu'il m'a horripilée.

 

 

Cooper est un ancien pilote reconverti en agriculteur dans un monde à l'agonie qui manque d'air et de nourriture. Élevant seul ses enfants depuis le décès de sa femme, il découvre par hasard – ou tout du moins le croit-il – l'existence d'un projet secret visant à explorer divers mondes vers lesquels les chemins ont été tracés afin de permettre à l'humanité de coloniser l'un d'eux. Il sera enrôlé et partira dans les étoiles afin de donner un futur à ses enfants et, éventuellement, au reste du genre humain.

 

 

Commençons par ce qui m'a plu dans ce film. J'ai beau ne pas aimer la conception du cinéma de Christopher Nolan, il arrive toujours à réveiller ma curiosité. Cette fois-ci, c'est parce qu'il semblait vouloir offrir l'espace à celle qui rêve de voyages dans les étoiles. Quelle n'a pas été ma surprise de lire et d'entendre que le réalisateur avait décidé de ne pas opter pour le grand spectacle époustouflant parce que, de mon côté, j'ai été soufflée par les quelques passages gigantesques. Saturne, un trou de ver, de nouvelles planètes, un trou noir (UN TROU NOIR), le mal de l'espace, le VERTIGE. Oui, j'ai ressenti devant ce film l'urgence et le besoin de partir ailleurs et, en même temps, j'ai été prise de panique à cause des passages dans lesquels Nolan nous fait tourner la tête en nous donnant une sorte de mal de mer (de terre?) visuellement ou philosophiquement parlant. De ce côté-là, oui, le frisson était là, ainsi que le plaisir de ressentir l'ivresse et la terreur impliquées par un voyage vers l'inconnu. Je ne retirerai pas cela à Interstellar et même si j'ai été plus emportée ailleurs par un Contact (beaucoup plus abouti, pénétrant, envoûtant et perturbant qu'Interstellar), j'ai apprécié de pouvoir encore rêver aussi grand, aussi loin, aussi fort à un ailleurs inconnu perdu entre des phénomènes astronomiques épatants.

 

 

Dès lors, si Christopher Nolan s'était contenté de faire naître en nous ce sentiment d'émerveillement sans vouloir y coller d'histoire ou de résolution, ça m'aurait amplement suffi et je serais sortie heureuse de ce film. Mais Nolan reste pareil à lui-même et, au lieu de juste tenter de nous faire rêver, il veut nous éblouir par sa maîtrise et par son « intelligence ». Avec l'aide de son frère, il nous a concocté un scénario dans lequel tout doit faire sens. Cependant, si l'on a un tant soit peu fréquenté cette fratrie, c'est une chose que l'on attend (au tournant, surtout). C'est pourquoi, quand on regarde Interstellar, on sait. On sait que chaque élément qui aurait pu être gratuit, servant juste à construire un personnage ou une situation, sera en fait significatif et reviendra ensuite compléter le prestige pour dresser un tableau final à la Shyamalan dans lequel tout aura une raison d'exister. Ça peut être une bonne chose si l'on apprécie l'exercice mais même si j'aime quand toutes les pièces finissent par s'assembler et révéler le sens derrière le récit, j'apprécie moins qu'elles soient d'une telle évidence qu'elles en deviennent presque une insulte. Car au lieu de glisser ces petits indices discrètement afin de nous éblouir plus tard avec, Nolan nous les hurle au visage en insistant bien. « Regarde, c'est là, souviens-t-en, ça reviendra et tu comprendras. » Le problème, m'sieur Christopher, c'est qu'on finit par anticiper un peu trop facilement. Adieu la subtilité, adieu la surprise, restent les caractères forcés car construits sur un assemblage d'éléments uniquement là pour servir un dessein plus grand.

 

 

Et c'est bien là le problème. Encore une fois, j'ai eu l'impression que Nolan refusait de me faire confiance en tant que spectatrice et forçait plus que nécessaire la compréhension de ses intentions. Le pire arrivant avec la résolution, attendue en partie, ridicule pour le reste à mes yeux. Difficile d'expliquer pourquoi sans faire de spoilers. Je vais pourtant essayer. Interstellar a des prémisses intéressantes qui feront d'ailleurs sourire ceux qui ont lu Spin. Le film pouvait aller vers un final explose-cervelle liant présent, passé et futur par une révélation audacieuse et difficile à anticiper (ce que j'espérais). Mais ça aurait demandé à la fois d'accepter de perdre un peu un spectateur qui devrait digérer l'information avant de la comprendre et d'aller au-delà des histoires que l'on connaît déjà. Christopher et Jonathan Nolan ont opté pour l'autre type de résolution : la pirouette. La pirouette est ce que j'appelle la solution de facilité. Le rasoir d’Ockham scénaristique si vous voulez. Vous avez une histoire pouvant se terminer de diverses manières. Laquelle allez-vous choisir : celle complexe demandant une maîtrise absolue du reste du scénario et pouvant ne pas être comprise par tous mais qui pourrait faire de votre récit quelque chose de « plus », de différent, de pas forcément universel mais de gigantesque, ou bien celle facile à imaginer et faisant appel aux bons sentiments fédérateurs, celle qui ne demandera pas de mettre en place un raisonnement aux ramifications multiples et difficiles à gérer ? Nolan choisit toujours la seconde option mais de manière trompeuse, en tentant de nous faire croire qu'il a en fait opté pour la première grâce à quelques effets détournant notre attention. Et c'est pour cette malhonnêteté intellectuelle occultée par un discours nous donnant l'impression qu'il va aller plus loin que ce réalisateur m'agace, voire m'insupporte.

 

 

Parce que le cinéma de Nolan, c'est le cinéma de l'esbroufe qui refuse de nous laisser ressentir, de nous laisser vivre, de nous laisser imaginer au-delà de ce qu'il nous donne. Il est à l'image de la musique de l'allié fidèle qu'est Zimmer, une pâle copie d’œuvres plus accomplies mais qui arrive à camoufler assez ses sources d'inspiration pour donner l'impression de faire du neuf. Cependant, pour finir, il s'imposera toujours à nous par ses grands mouvements évidents forçant nos sentiments et bloquant tous ceux qui ne sont pas désirés. Et j'ai eu beau trouver plus délicate la musique du compositeur cette fois-ci, elle m'a encore une fois irritée, surtout quand elle me dictait des réactions que je voulais pouvoir ressentir par moi-même.

 

 

Dès lors, oui, Interstellar m'a fait rêver et a réveillé en moi des envies d'étoiles. Mais il m'a tout autant énervée, et parce qu'il m'a refusé le plaisir de participer à la construction de l'histoire, et parce qu'il a joué les cartes faciles et éculées de l'amour plus fort que tout et qui explique même l'inexplicable. Alors, oui, c'était spectaculaire. Mais non, ça ne sera absolument pas à mes yeux un grand film, ni même un bon film. Juste un joli film.

 

 

 

 

 

PS : Avec éventuellement un spoiler, mais pas tout à fait, donc c'est à vos risques et périls : si un jour une entité future et plus intelligente que nous nous contacte pour nous aider, j'attends d'elle qu'elle soit CLAIRE et COMPREHENSIBLE, qu'elle nous fournisse les clés pour appréhender de quoi il retourne. Autrement, j'avoue ne pas comprendre l'intérêt de son intervention (ou alors, c'est pour le plaisir de dire « je suis plus malin que toi, nanana… »).

 

 

 

Réalisateur : Olivier Assayas

Pays : Fr/USA

Durée : 124 minutes

Genre : drame

Acteurs : Juliette Binoche, Kristen Stewart, Chloë Grace Moretz

 

 

RESUME :

À dix-huit ans, Maria Enders a connu le succès au théâtre en incarnant Sigrid, jeune fille ambitieuse et au charme trouble qui conduit au suicide une femme plus mûre, Helena. Vingt ans plus tard on lui propose de reprendre cette pièce, mais cette fois de l'autre côté du miroir, dans le rôle d'Helena…

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Comme je le disais encore récemment, raconter l'envers du décors de la vie de stars semble être à la mode en ce moment. Entre glamour macabre et voyeurisme exacerbé, les possibilités sont infinies et réveillent facilement l’intérêt des spectateurs (ou des lecteurs). Toutefois, le règne du paraître est abordé différemment par un Olivier Assayas qui évite le racolage gratuit afin de porter une réelle réflexion sur notre rapport à l'âge, au désir, à l'autre plutôt que sur l'unique vanité du star system.

 

 

Maria Enders est une actrice ayant une longue et intéressante carrière derrière elle. Elle a débuté à 18 ans dans la pièce devenue film d'un réalisateur célèbre. Elle interprétait Sigrid, jeune stagiaire séduisant et menant au bord de la folie sa patronne, Helena. Maria a été modelée, déterminée par le rôle de Sigrid. A quarante ans, elle se sent glisser doucement du côté d'Helena. C'est pourquoi, lorsqu'on lui propose d'interpréter cette dernière, elle n'arrive pas à accepter, de peur de se laisser happer par celle ayant représenté l'anti-thèse de tout ce qu'elle a essayé d'être dans sa vie. Pourtant, Maria n'arrivera pas à dire longtemps non à cette proposition et la voilà partie à Sils Maria, dans la maison dudit réalisateur récemment décédé, pour répéter le rôle le plus difficile de sa vie.

 

 

Je suis sortie de la salle un peu sonnée, pas sûre d'avoir vu ce que j'avais envie de voir et peut-être un peu déconcertée de ce fait, ainsi que par la non-finitude de la chose également. Puis, petit à petit, Sils Maria a commencé à me travailler, au point que j'ai eu l'impression que la majorité du film s'était en fait déroulée hors de cette salle de cinéma. Il n'en est pas devenu un coup de cœur pour autant mais restera certainement pour moi un objet filmique bien plus intéressant que ce que j'ai pu imaginer en le regardant.

 

 

C'est que Sils Maria offre plusieurs niveaux de lecture mais aussi plusieurs interprétations possibles. Ce qui m'étonne, c'est que la majorité des critiques que j'ai lues parlaient quasi exclusivement du parallélisme entre Maria l'actrice et Helena le personnage plus âgé de la pièce. Certes. Mais ce n'est pas la chose à m'avoir le plus frappée. Au contraire, si ce lien est évident, un autre se dessine en filigrane qui m'a semblé beaucoup plus présent, celui entre Sigrid la manipulatrice et Maria qui se refuse à laisser s'en aller cette part d'elle-même. Ainsi débute une jeu sournois entre l'assistante et l'actrice, l'une tentant de rentrer dans le rôle de Sigrid mais se révélant clairement être une Helena, admirant celles qui lui semble être d'un autre monde que le sien, l'autre se jouant des illusions de celle qui n'arrive pas à être aussi toxique qu'elle le voudrait… Et ce qui semble ressortir pour moi du film, c'est la manière dont nous sommes à la fois Sigrid et Helena, fascinés et manipulateurs, dominants et dominés.

 

 

Je peux me tromper mais cette dualité inhérente à chaque être me semble être personnalisée par une nature versatile et, plus spécifiquement, par ce phénomène météorologique propre à Sils Maria, pendant lequel une masse nuageuse entre dans une cuvette entre deux sommets et se mêle au « sol », donnant l'impression aux personnes placée au-dessus de ces nuages de voir un chemin de coton blanc au milieu des montagnes. Tout comme Helena a Sigrid littéralement « dans la peau » (« under my skin »), les nuages se fraient un chemin dans la terre, à un niveau qu'ils n'habitent pas et nous montre l'interpénétration de deux mondes, de deux êtres, de deux choses différentes et intrinsèquement liées pourtant.

 

 

L'intrication de ces diverses choses semble se retrouver à différents niveaux, aussi bien dans le récit qu'en "dehors", Olivier Assayas – auteur du scénario également – s'amusant à évoquer les carrières et vies privées de ses trois interprètes principales, échangeant l'histoire de l'une avec la carrière de l'autre. Ainsi s'opposent actrice d'art et essais et autres de blockbusters écervelés, femme sage qui prétend être maîtresse de ses sentiments et jeune fougueuse qui aime en démolissant. Avec une pincée d'ironie pour saupoudrer ces parallélismes, comme lorsque le personnage interprété par Kristen Stewart défend la jeune actrice ayant été révélée par une grosse franchise adulée par les adolescents en trouvant profondeur et sincérité dans un jeu semblant préformaté. De quoi faire sourire. Ou rire jaune…

 

 

Il y aurait encore beaucoup de choses à dire de ce film féminin aux lectures multiples mais qui, je ne saurais expliquer pourquoi, ne me semble pas entièrement abouti. Sils Maria est loin d'être parfait mais n'en reste pas pertinent et intéressant à différents niveaux. A découvrir.

 

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