Archives par catégories : Les livres japonais

 

Actes Sud / Léméac

Genre : drame

Infos : 2014 (2012) – V. O. : Kotori – Trad. : Rose-Marie Makino-Fayolle – 269 p. – 21€80 – ISBN : 978-2-330-03438-2

Pourquoi ce livre ? Parce que Yôko Ogawa.

 

 

RESUME :

Il est le seul à pouvoir apprendre la langue pawpaw afin de communiquer avec son frère aîné, cet enfant rêveur qui ne parle que le langage des oiseaux, n'emploie que ces mots flûtés oubliés depuis longtemps par les humains. Après la mort de leurs parents, les deux hommes demeurent ensemble dans la maison familiale. D'une gentillesse extrême, l'aîné, qui ne travaille pas, se poste chaque jour tout contre le grillage de la volière de l'école maternelle. Peu à peu, la directrice remarque son calme rassurant pour les oiseaux, sa façon subtile de les interpeller, et lui confie l'entretien de la cage.

Quant au cadet, régisseur de l'ancienne résidence secondaire d'un riche propriétaire du pays, le jardin de roses, les boiseries des salons, la transparence des baies vitrées sont à la mesure de son attachement pour les lieux de mémoire.

Parfois, les deux frères décident de partir en voyage . Valises en main, ils font halte devant la volière. Ravis de palabrer avec les moineaux de Java, les bengalis ou les canaris citron, ils oublient dans l'instant tout projet de départ. Un jour pourtant le calme du quartier semble en danger, une enfant de l'école disparaît.

Petits oiseaux est un roman d'une douceur salvatrice qui nous confie un monde où la différence n'influe pas sur le bonheur, où la solitude conduit à un bel univers, un repli du temps préservant l'individu de ses absurdes travers, un pays où s'éploient la voix du poème, celle des histoires et des chants d'oiseaux, celle des mots oubliés.

 

 

MON AVIS :

J'avoue que j'avais un peu peur de lire ce livre. J'adore Yôko Ogawa. Pourtant, Les lectures des otages ne m'avait pas convaincue outre mesure et Le petit joueur d'échecs avait été le premier et le seul roman de l'auteur (dont j'ai pourtant lu toutes les traductions françaises) à réellement me déplaire. Je ne savais donc plus à quoi m'attendre avec Petits Oiseaux. Et c'est avec soulagement que j'ai retrouvé entre ses pages la tendresse, l'étrangeté et la poésie d'Ogawa.

 

On retrouve mort celui qu'on appelait le monsieur aux petits oiseaux, une cage contenant un zostérops sur les genoux. Si tout le monde connaît son surnom dans le quartier, qui a déjà entendu son histoire ? Nous allons découvrir qui était cet homme ne semblant avoir eu qu'une seule passion dans la vie…

 

Douceur. C'est le premier mot à me venir à l'esprit quand je pense à ce livre. Yôko Ogawa nous décrit la vie d'un homme qui, sous la plume d'un autre auteur, aurait été présenté comme pathétique mais qui, à travers les yeux d'Ogawa, devient quelqu'un de touchant. Faite de rien, cette vie semble pourtant bien remplie et devient vite prenante par sa banalité. Entre un frère ne communiquant qu'à l'aide d'un langage inventé incompréhensible de tous sauf de lui, un métier quelconque lui permettant de côtoyer des oiseaux, une vie sobre rythmée par des habitudes solidement ancrées et une rencontre ailée déterminante et pourtant anodine, le monsieur aux oiseaux discret deviendrait presque une figure de légende. Mais, surtout, Ogawa fera de lui un personnage que l'on ne veut plus quitter.

 

Yôko Ogawa m'a donc à nouveau profondément émue. Mais qu'a-t-il donc pu se passer dans ses deux livres précédents pour que je ne la reconnaisse plus, au point d'avoir (réellement) peur de ne plus l'aimer autant qu'avant ? Une réponse me vient qui pourrait expliquer la chose : contrairement à tous les autres textes d'Ogawa parus chez Actes Sud, Les lectures des otages et Le petit joueur d'échecs n'ont pas été traduits par Rose-Marie Makino-Fayolle. Coïncidence ? Sincèrement, je ne sais pas. Mais dès début de ces Petits Oiseaux, la première chose qui m'est venue à l'esprit, c'était que j'avais enfin retrouvé la plume que j'aimais tant…

 

L'important est que Petits Oiseaux est à mettre aux côtés des meilleurs livres de Yôko Ogawa. Il plaira autant à ceux qui connaissent son œuvre par cœur qu'aux néophytes souhaitant découvrir cette auteur atypique nous offrant ici une histoire plus douce mais aussi plus cruelle que celles auxquelles elle nous avait habitués.

 

Autres livres de l'auteur sur ce blog :

L’annulaire

La bénédiction inattendue

Cristallisation secrète

Hôtel Iris

La Marche de Mina

La Mer

La petite pièce hexgonale

La Piscine / Les Abeilles / La Grossesse

Le petit joueur d'échecs

Les lectures des otages

Les paupières

Les tendres plaintes

Manuscrit Zéro

Tristes revanches

Une parfaite chambre de malade

Le réfectoir un soir et une piscine sous la pluie suivi de Un thé qui ne refroidit pas

 

 

Belfond

Genre : drame psychologique

Infos : 2014 – V.O. : Shikisai O Motanai Tazaki Tsukuru To, Kare No Junrei No Toshi – Trad. : Hélène Morita – 384 p. – 23 € – ISBN : 978-2714456878

Pourquoi ce livre ? Parce qu'Haruki Murakami.

 

 

RESUME :

Depuis le mois de juillet de sa deuxième année d'université jusqu'au mois de janvier de l'année suivante, Tsukuru Tazaki vécut en pensant presque exclusivement à la mort.

À Nagoya, ils étaient cinq amis inséparables. L'un, Akamatsu, était surnommé Rouge ; Ômi était Bleu ; Shirane était Blanche et Kurono, Noire. Tsukuru Tazaki, lui, était sans couleur.

Tsukuru est parti à Tokyo pour ses études ; les autres sont restés. Un jour, ils lui ont signifié qu'ils ne voulaient plus jamais le voir. Sans aucune explication. Lui-même n'en a pas cherché. Pendant seize ans, Tsukuru a vécu comme Jonas dans le ventre de la baleine, comme un mort qui n'aurait pas encore compris qu'il était mort. Il est devenu architecte, il dessine des gares. Et puis Sara est entrée dans sa vie. Tsukuru l'intrigue mais elle le sent hors d'atteinte, comme séparé du monde par une frontière invisible.

Vivre sans amour n'est pas vivre. Alors, Tsukuru Tazaki va entamer son pèlerinage. À Nagoya. Et en Finlande. Pour confronter le passé et tenter de comprendre ce qui a brisé le cercle.

 

 

MON AVIS :

Quand je connais trop bien l’œuvre d'un auteur, arrive un moment critique qui déterminera si celui-ci pourra continuer à me plaire ou si je risque de finir par m'en lasser. Alors que j'aime toujours autant Philip K. Dick après 18 ans et une petite quarantaine de livres lus, je commence par exemple à trouver la prose (pourtant tant aimée) de Neil Gaiman quelque peu répétitive et prévisible, même si toujours plaisante. Je sens que je suis proche du point de rupture avec l'auteur si celui-ci ne change pas de formule d'écriture. Malheureusement, en ce qui concerne Haruki Murakami, j'ai peur d'avoir dépassé ce point de rupture…

 

Tsukuru Tazaki a eu une adolescence quelque peu spéciale. Il a fait partie d'un groupe de cinq amis absolument inséparables. Cette relation fusionnelle a construit son identité et sa vision du monde et quand, soudainement, il a été rejeté par ce groupe, Tsukuru a dû réapprendre à vivre par lui-même. Des années après, il exerce le métier de ses rêves et mène une vie tranquille qui lui convient. Cependant, une femme qu'il commence à fréquenter et qui pourrait bien devenir « la bonne » comprend que cette histoire inachevée et ce rejet brutal pèsent encore sur l'homme qu'il est devenu. Elle l'exhorte à recontacter ses anciens amis pour comprendre ce qui a bien pu se passer…

 

Je pourrais être méchante et dire que ce livre de Murakami, à l'image du héros principal, est incolore, comprendre insipide. Ce serait mentir parce qu'à bien y réfléchir, je n'ai pas du tout trouvé L'incolore Tsukuru Tazaki… mauvais. J'ai juste eu l'impression de lire encore une fois la même histoire, comme un mélange d'éléments provenant de différents livres de l'auteur et constituant un tout ne se démarquant pas de ses précédents ouvrages. Nous avons le personnage solitaire sans réelles passions mais avec une obsession qui construira sa vie autour d'une ascèse marquée, rythmée par des exercices fréquents qui le laissent conscient de maîtriser parfaitement son corps. Nous avons le côté fantastique, cette sorte de réalisme magique qui affleure sans réellement se déclarer. Nous avons une quête à effectuer, une fascination, notamment pour une femme du passé qui déterminera ses relations amoureuses futures. Nous avons les doutes sur la réalité, la possibilité d'un univers parallèle effleuré, la maladie mentale qui s'approche. Nous avons cette figure féminine à la santé mentale troublante et troublée qui semblera à la fois idéale, inaccessible et fragile. Nous avons pour finir le pèlerinage que l'on retrouvera régulièrement et le voyage dans un ailleurs à la fois différent et familier. Tellement d'éléments que l'on retrouve dans Au sud de la frontière, à l'ouest du soleil, dans Kafka sur le rivage ou encore dans Les amants du Spoutnik. Mais, surtout, dans 1Q84.

 

Si je dis surtout, c'est que c'est 1Q84 qui m'a réellement fait réaliser non pas les figures récurrentes d'une œuvre hantée par des obsessions précises mais la manière dont se construisent les récits d'Haruki Murakami. Attention, je ne veux pas dire par là que je peux prédire à la virgule près ce qui va se passer, ça n'a rien à voir. C'est juste que la lecture de son dernier livre m'a donné cette incroyable impression de redite, je n'avais pas la sensation de découvrir une histoire mais de la relire, encore une fois. Avez-vous déjà ressenti ça en découvrant le xième livre d'un auteur apprécié ? C'est atroce comme sensation parce qu'elle marque une sorte de désenchantement qu'on ne souhaitait pas voir venir et qui ne veut plus vous quitter.

 

Si j'écris sur L'incolore Tsukuru Tazaki…, ce n'est pas tant pour vous conseiller ou non ce livre que pour essayer de comprendre ce phénomène de désamour déjà rencontré plusieurs fois et qui m'est pourtant toujours aussi douloureux. Ce n'est pas comme une rupture, rien ne m'empêche de retourner à l'auteur et d'éventuellement aimer ses autres livres, ça m'est déjà arrivé. Mais il a perdu ce statut magique qu'ont encore une Yoko Ogawa, un Maurice Pons ou une Ursula Le Guin à mes yeux…

 

Concrètement, L'incolore Tsukuru Tazaki… est un roman qui met longtemps à démarrer mais qui se lit tout seul. Il se penche sur des liens amicaux et amoureux complexes qui s'avèrent parfois fascinants. Mais il risque de rappeler trop de choses à ceux qui ont déjà lu quelques romans phares de l'auteur, comme ce fut mon cas…

 

Autres livres de l’auteur sur ce blog :

1Q84 – Livre 1 : Avril-Juin

1Q84 – Livre 2 : Juillet-Septembre

1Q84 – Livre 3: Ocotbre-Décembre

Au sud de la frontière, à l’ouest du soleil 

Autoportrait de l’auteur en coureur de fond

Kafka sur le rivage

Les Amants du Spoutnik

 

 

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