Archives par catégories : Les Livres jeunesse

 

L'école des loisirs

Genre : enquête absurde

Infos : 2015 – 57 p. – 11€80 – ISBN : 978-2-211-21839-9

 

 

RESUME :

Je ne sais pas, vous, les mammouths, mais moi, je croyais qu’il n’y en avait plus depuis dix mille ans au moins. Et vous, je ne sais pas, mais les mammouths, moi, je préférerais ne pas me trouver sur leur route. Avec cette odeur qu’ils dégagent de laine mouillée et d’herbe pas très fraîche, sans parler de l’habitude qu’ils ont d’écraser les gens. En particulier les directrices de Maisons du peuple. Et les mammouths, vous, je ne sais pas, mais, pour moi, ils ne se posent pas de questions déplacées sur leurs minijupes. Mais quand on en voit, des mammouths, qui se promènent vers l’horizon au crépuscule, ça paraît bizarre et ça laisse encore pas mal de questions en suspens. Le genre de questions qui méritent une enquête. Et là-dessus, pas de doute : Bobby Potemkine, c’est encore à toi de jouer.

 

 

MON AVIS :

Antoine Volodine est un écrivain aux personnalités multiples mais au projet littéraire unique. Il s'est créé quelques alter egos auteurs publiés ou fantasmés qui nourrissent le genre qu'il s'est « amusé » à inventer et façonner. Et si on le connaît sobre et hanté par un univers tourmenté, les écrits de la Manuela Draeger en lui sont drôles et étonnamment doux. Mais surtout d'une absurdité délicieuse et joueuse.

 

Bobby Potemkine est un enquêteur hors pair habitant un monde étrange. Étrange… pour nous. Il navigue entre chauves-soubises, cubes de glace et tigres de mauvaise humeur. Et comme la police n'existe plus, il se retrouve bien obligé de faire quelque chose, surtout parce que bon, lui et les mammouth, hein.

 

Manuela Draeger nous emmène encore une fois dans un univers incroyablement poétique, doucement déjanté mais surtout bizarrement attachant. Le lecteur adulte aura l'impression de retrouver ici et là le monde de Volodine derrière les Maisons du Peuple et autres détails russisants ou mélancoliques. Et il faut bien que j'avoue que l'adulte en moi a été plus satisfaite que l'enfant qui lisait cette étrange mais délicieux n'importe quoi.

 

C'est que Volodine reste Volodine et se cachent derrière ses récits « légers » quelques réflexions lointainement familières :

« De mon point de vue, c'était bien moi qui parlait, mais, au fond, j'étais un personnage parmi d'autres dans un rêve rêvé par quelqu'un d'autre. Cette idée m'a donné le vertige. » (p. 34)

 

Et ainsi, on se laisse emporter sans effort dans cet univers entre doux-dingue et doux-amer. Bizarrement, j'ai réalisé qu'en fait, Manuela Draeger était peut-être la meilleure personne pour permettre à un lecteur de n'importe quel âge de découvrir le post-exotisme, voire de le comprendre même un peu, si tant est que la chose soit possible (ou souhaitable).

 

Moi, les mammouths est une histoire parmi d'autres de Manuela Draeger mais peut se lire indépendamment, même si le personnage et l'auteur à travers lui font quelques clins d’œil aux épisodes précédents des aventures de Bobby Potemkine. C'est surtout un conte désabusé. Non, un bout de post-exotisme. Non, un poème en prose. Oh, et puis à quoi bon essayer de définir ce qu'il faut avant tout ressentir ?

 

 

L'Ecole des loisirs

Genre : drame

Infos : 2014 – 206 p. – 15 € – ISBN : 978-2-211-21952-5

 

 

RESUME :

Peut-on monter dans la voiture de quelqu'un que l'on connaît à peine ? Difficile de résister à la tentation si l'automobiliste n'est autre que M. Smith, le professeur d'anglais le plus fascinant et le plus séduisant du lycée. Ce soir-là, il a proposé à Phénix et à sa petite soeur Sacha de les raccompagner chez elles, de l'autre côté du lac. Elles sont montées dans sa Chevrolet immaculée, et il les a conquises le temps d'un trajet.

Quelques jours plus tard, c'est leur mère, Erika, qui se laissait séduire. Monsieur Smith est venu de plus en plus souvent à la maison, accumulant les bons points, avec son don pour la pâtisserie et ses faux airs de Gregory Peck.

Phénix et Sacha ont bien remarqué qu'il était un peu trop strict et autoritaire, parfois dur et cassant sans raison. Oh, trois fois rien, pas de quoi s'inquiéter. Comment auraient-elles pu se douter qu'elles venaient de faire entrer le loup dans la bergerie ?

 

 

 

 

MON AVIS :

Après Le blues des petites villes, voici une autre petite merveille publiée par L'Ecole des loisirs. Si les choses continuent à se confirmer ainsi, cet éditeur qui a bercé mon enfance et mon adolescence de récits parfois audacieux, parfois sages, est en train de redevenir à mes yeux une référence d'un autre genre, celle de la littérature jeunesse à contre-courant. Je continuerai à tester ses livres pour ados publiés récemment en tout cas, me revoilà affamée d'un genre que j'avais pensé ne plus aimer.

 

Phénix, 17 ans, et Sacha, 8 ans, sont des sœurs qui se serrent les coudes depuis que leur père est parti sans laisser d'adresse. Leur mère, représentante commerciale pour une firme pharmaceutique, passe la majeur partie de son temps sur les routes. Mais ce n'est pas vraiment grave, elles s'adorent et elles n'ont pas le temps de s'ennuyer entre leur soif de livres, de films et de découvertes. Un jour, alors qu'elles rentrent seules à pied, le professeur d'anglais de Phénix les croise et leur propose de les ramener chez elles. Il rencontre leur mère et entre très vite dans la vie des trois femmes. Charmeur et charmant, ils s'en fait vite adorer, au point de finir par venir s'installer avec elles et de s'occuper des filles lors des nombreux voyages de sa nouvelle compagne. Mais peu à peu, son côté sombre se révèle et menace le quotidien et le bonheur de Phénix et Sacha…

 

Si je ne supporte plus la littérature de type YA, c'est en partie parce que j'en ai assez des modèles interchangeables d'adolescents qu'on y trouve. Ca fait du bien de tomber sur une jeune fille renfermée, intelligente, cultivée et tout sauf maladroite, ainsi que sur sa sœur curieuse de tout, à la soif de savoirs insatiable. Ce sont ces deux personnages qui m'ont fait adorer cette histoire et qui m'ont permis de traverser les passages les plus sombres de ce roman. Et il y en a eu…

 

C'est que Tous les héros s'appellent Phénix est une histoire qui, démarrant comme un récit insouciant d'enfants vivant plutôt bien le divorce de leurs parents, se teint tout doucement de doutes et de peurs pour finir par aborder une face sombre de l'humanité, celle de la violence. L'auteur nous met à la place d'enfants sous l'emprise d'un adulte ayant tout pouvoir sur eux et c'est effrayant. Cependant, le final, lui, exagère un peu trop mais, surtout, donne une conclusion au roman qui m'a dérangée, à plus forte raison que celle-ci fait écho à un autre événement similaire systématisant la « solution » trouvée.

 

Tous les héros s'appellent Phénix est donc un livre à la fois délicieux et terrifiant, rappelant l'innocence de l'enfance et la maturité dont certains adolescents doivent faire preuve trop tôt parce que les adultes les entourant sont incapables d'assumer leur rôle correctement. C'est un roman à lire et à faire lire, en espérant qu'il pourra aider autant qu'il plaît et émeut.