Destination Ténèbres, Frank M. Robinson

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Denoël, coll. Lunes d’Encre

Genre : science-fiction, space-opera

Pourquoi ce livre ? Parce qu’il me semblait déjà alléchant au départ (oui, la couverture, bon…) et qu’il a en plus eu l’obligeance de croiser ma route.

 

 

Destination ténèbresRESUME :

En mission d’exploration sur Séthi IV, le jeune Moineau dévisse d’une falaise. Très grièvement blessé, il est rapatrié sur son vaisseau-génération, l’Astron, pour y être soigné. Alors qu’il se remet lentement de ses blessures à l’infirmerie, on tente sans succès de l’empoisonner.

Guéri, mais amnésique, Moineau ne peut que redécouvrir le monde où il est né : un vaisseau délabré, hanté par un équipage indifférent, voire hostile. Le capitaine de l’Astron est prêt à répondre aux questions de Moineau. Mais cet immortel semble avoir perdu la raison : il veut traverser la Nuit, une partie de la galaxie totalement dénuée d’étoiles, pour aller chercher des signes de vie extraterrestre de l’autre côté.

Un voyage de cent générations, qui semble bien impossible pour un vaisseau aussi abîmé que l’Astron.

 

Fresque spatiale écrite comme un thriller, Destination ténèbres, souvent comparé à Moby Dick, s’est imposé dès sa parution, en 1991, comme un classique de la science-fiction américaine.

 

 

MON AVIS :

Je ne sais pas pourquoi, je ne lis pas beaucoup de space-opera, alors que c’est un sous-genre de la SF à même de me plaire (et pas seulement parce que quand j’étais gosse, j’adorais jouer à prétendre que je travaillais dans un immense vaisseau spatial en partance pour un endroit inconnu en emportant une micro-société en son sein). C’est donc avec un regard plutôt « innocent » et peut-être plus facile à satisfaire que j’ai abordé ce Destination Ténèbres.

 

Le roman commence de manière trompeuse. Le héros dont nous allons suivre l’histoire nous parle d’une expédition d’exploration sur une planète rouge qui tourne mal et qui l’a laissé amnésique après lui avoir fait voir la mort de près. A cause de la description de cette planète, je suis partie sur une fausse piste, ayant eu l’impression que l’action se dérouleait en fait sur une Mars dont on ignorait juste le nom (tout semblait concorder pourtant). Du coup, je m’étais imaginée une toute autre histoire et je me suis laissée surprendre par celle que Robinson nous offre.

 

Dès lors, je vous laisse la « surprise » de la découverte (attention, pas de grandes révélations ici – ou peut-être juste vers la fin – mais plutôt une construction par couches qui dévoilent peu à peu la vérité sur ce vaisseau et sa mission), si ce n’est en vous disant qu’à travers le regard amnésique de Moineau, nous allons embarquer sur un « vaisseau-génération » qui transperce les ténèbres de notre galaxie depuis plus de deux millénaires, ce dans le but de plus en plus illusoire de trouver une autre forme de vie (mais je ne vous en apprends pas plus que la quatrième de couverture).

 

Programme alléchant, le plus intéressant ne se passe cependant pas sur les planètes explorées mais bien dans le microcosme de l’Astron qui voit quelques trois cents individus évoluer dans un espace de plus en plus réduit, ce depuis un temps incroyablement long, avec les quelques changements de mœurs que cela peut impliquer (mais, compte-tenu du nombre d’années passées, on peut s’étonner que les choses n’aient pas plus changé)(en même temps, l’auteur tient un discours intéressant sur l’inertie dont l’équipage est « victime »). Robinson a eu la bonne idée de construire cette histoire comme un thriller, ainsi que nous le précise la quatrième de couverture, rendant chaque nouvelle découverte attendue et surprenante à la fois, étrange mélange qui dit tout de ce roman qui va là où on l’attend en arrivant pourtant à nous étonner un peu plus à chaque révélation.

 

Destination Ténèbres va donc se construire autour des découvertes successives que Moineau fera sur lui-même et sur le vaisseau, offrant trois temps différents à l’histoire, de la simple découverte à la résolution qui ose aller jusqu’au bout de son propos, ce en se terminant sur une pirouette-« hommage » qui en fera sourire certains et en agacera d’autres (j’ai souri). Tout cela rend ce livre incroyablement prenant et submersif, à tel point que j’ai même arrêté de regarder l’heure en le lisant (je surveillais les retenues sur la fin du livre, du coup c’est un petit miracle en soi). J’ai quand même réussi à m’ennuyer un peu pendant le début de la troisième partie, qui ne semblait rien apporter de nouveau, jusqu’à ce que des éléments audacieux surviennent et redonnent de l’intérêt à l’histoire. Je suis donc sortie de ce roman contente du voyage effectué.

 

La chose intéressante à noter est que l’écriture simple et prenante de Robinson et son histoire construite de manière efficace font de ce livre un roman de détente « intelligent », dans le sens qu’on peut sans risque se laisser porter par lui sans avoir l’impression d’être dans une histoire trop facile, d’autant plus que celle-ci apporte quelques réflexions intéressantes sur l’humanité, ses rêves et ses illusions. Pour autant, ce n’est pas un roman de SF casse-tête à la Egan (j’aime aussi cela pourtant), ce qui me fait croire qu’il pourrait être facilement accessible à ceux qui ne sont pas forcément portés sur le genre, d’autant plus qu’il leur permettrait de découvrir que la science-fiction, ce ne sont pas uniquement des messieurs armés de fusils laser qui courent après des extra-terrestres pour sauver des belles blondes pulpeuses. Je n’utilise pas ce cliché par hasard, car c’est celui qui est venu à l’esprit de l’amie à qui j’ai parlé de ce roman. Et quand je lui ai fait lire la quatrième de couverture pour lui montrer que c’était plus que ça, elle m’a dit que tout cela lui donnait l’impression d’être « froid ». Or, maintenant que je l’ai lu, je peux lui dire que, justement, non. Destination Ténèbres est un bon exemple du roman de SF à tendances psychologico-sociales (et idéalistes) qui permettra aux éventuels frileux du genre de le découvrir à travers un livre attachant, au héros qui doute, souvent, et qui est tout sauf distant.

 

Avant de finir, une petite note sur le titre de ce roman. Sur le blog de Lunes d’Encre avait eu lieu une petite discussion sur la traduction du titre original de ce livre (The Dark Beyond the Stars). Déjà à l’époque, le titre Destination Ténèbres ne me plaisait pas. Après avoir lu le livre, je trouve que Par-delà les Ténèbres aurait mieux convenu… Mais bon, c’est une remarque un peu vaine, il est trop tard maintenant.

 

Au final, Destination Ténèbres est un roman de SF aussi prenant que bien construit qui permettra certainement au néophytes et curieux du genre d’en découvrir les aspects les plus enthousiasmants sans les décourager pour autant. Pour les autres, il pourrait bien être ce livre-détente un peu plus recherché que la moyenne qu’ils avaient envie de trouver pour se couper un peu de récits plus complexes. Un petit plaisir à ne pas bouder.

 

 

* * * (**)


CITRIQ

importorigin:http://leslecturesdecachou.over-blog.com/article-destination-tenebres-frank-m-robinson-74223738.html

16 commentaires sur Destination Ténèbres, Frank M. Robinson

    • Il faut, je pense qu’il devrait bien aimer ^_^. Puis il pourra te parler des théories (déjà connues, mais bien réexpliquées) sur l’existence ou pas d’extra-terrestre, je suis sûre que tu les connais déjà et que ça t’amusera.

  1. Je crois savoir ce qu’est la « surprise » si je lis correctement entre les lignes… ça a l’air bien intéressant comme bouquin, divertissement mais intelligent quand même, c’est tout à fait ce que j’aime ^^

    Bon je vais ranger ça dans un coin de la tête (comme tant d’autres références xD)

    • Je me demande si ce que tu penses est ce que je pensais avant que certains éléments n’interviennent (un truc à la « Papillon des étoiles » de Werber – en beaucoup mieux of course ^_^).  Je dois dire avoir été surprise et par la révélation finale, et par la petite conclusion amusante (ou irritante).

      Du coup, j’ai très envie de savoir ce que tu en penserais!

       

      Au fait, j’ai acheté « Lavinia ». Si jamais une LC te tente, tu sais qui contacter ;-p.

  2. Je le lirais et je te dirais si c’était bien à quoi je pensais (pas lu Werber, je ne peux pas te dire) :P

    Pour Lavinia, pourquoi pas, par contre je pense le lire très bientôt, je pensais en faire ma récompense après mes concours (ou ma consolation, au choix xD), donc début juin quoi :D

    • Début juin me convient bien, je comptais aussi le lire rapidement (lui et deux autres romans de l’Atalante, « Cygnis » et « Plaguers »). Ta date sera la mienne, du moment que c’est après le 29 mai.

       

      (moi je dis récompense)(nan mais)

  3. Ah toi aussi tu as Plaguers à lire *siffle*

    Sinon je finis mes concours le 30 mai, donc si je lis ça aussi vite que mes derniers LeGuin, ça sera plié le 5… le 7 ou le 10 le temps de rédiger ? (après y’a le Mazaurette aussi xD)

    • Yep ^_^.

       

      Bon, je le lis pour le 5, pis j’attends ton go pour la publication. (bah, le Mazaurette, c’est dans longtemps, c’est le 20 ^_^)

  4. Cachou la dernière fois que j’ai mis un bouquin dans les paluches de Mr Lhisbei (Spin) il a réussi à débusquer un truc qui n’allait pas (même si c’était un point de détail). Depuis j’appréhende un peu de lui mettre un roman qui aborde des théories en lien avec sa passion

    (et euh comment dire je me suis endormie à une conférence de JP Luminet sur la théorie des cordes alors disons que le paradoxe de Fermi et autres joyeusetés ça restera son terrain de chasse  )

    • Effectivement ^_^. En même temps, ici, à part le positionnement entre « croyants » et « non-croyants » (en une éventuelle vie extra-terrestre), point de sciences, ou si peu, donc il ne devrait pas trop râler contre une notion scientifique erronée ou utilisée à mauvais escient ^_^.

      (rôh, pas bien, j’aurais adoré assister à cette conférence moi!)

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