En cherchant quel pourrait bien être mon Lunes d'Encre préféré à mettre en avant pour fêter les treize ans de cette collection, j'ai compris une chose que je n'avais pas encore réalisée auparavant : les histoires que je considère comme mes préférées ne sont pas celles qui me semblent les plus intelligentes, les mieux écrites ou les plus marquantes (ou les trois à la fois). Ce sont celles qui, d'une manière générale ou par un détail particulier, ont su réveiller quelque chose en moi. Une envie, un étonnement, un sentiment de familiarité ou tout autre susceptible de m'y attirer de nouveau. Ainsi, mon premier choix s'était porté sur Isolation de Greg Egan. Pas parce que j'avais adoré l'histoire. Pour tout dire, j'ai dû tenter plusieurs fois de lire ce roman avant d'y arriver et j'en suis sortie avec un sentiment de froideur marquée. Et pourtant, ce livre est resté en moi car il a été la porte ouverte vers une science-fiction différente de celle que j'avais côtoyée jusque là. Mais Isolation n'étant pas un choix possible (car ce titre est presque épuisé), je n'ai pas dû réfléchir longtemps pour prendre à sa place Elle qui chevauche les tempêtes.
Parfois, un livre, ce n'est pas seulement une histoire, c'est aussi un contexte. Et l'histoire du roman de Lisa Tuttle et de G. R. R. Martin n'a, en soi, rien de bien original dans son déroulement. Nous sommes face à un récit initiatique typique, avec petite prise de position facile à la « Anciens VS Nouveaux ». S'il n'y avait eu que le récit principal, j'aurais vite oublié Elle qui chevauche les tempêtes, tout agréable qu'il soit à lire.
Mais j'ai trouvé entre les pages de ce roman une chose que j'espère voir depuis longtemps dans un livre (ou dans un film), ne croyant malheureusement plus trop qu'il serait possible de la rencontrer en ce monde : l'égalité des sexes telle que j'en rêve. Encore mieux, l'égalité des sexes qui ne se fait pas discours et revendications, mais bien réalité banale, assimilée et acceptée. Ça ne suffira pas à beaucoup de lecteur mais ça rend ce livre très spécial à mes yeux.
Le plus amusant, c'est qu'il est tombé dans mes mains par hasard. Sans la personne qui me l'a fait connaître, je pense que je ne l'aurais jamais lu en fait. Et je ne m'attendais pas du tout à ce que j'allais y trouver. Depuis, il est entré dans mon panthéon personnel pour la même raison que de nombreux livres (ou films) y sont : parce qu'il a quelque chose de différent, de plus. Ce n'est peut-être pas un grand livre. Ce n'est peut-être même pas un bon livre. Mais c'est un livre très spécial pour moi et il restera un exemple que je garderai en mémoire et que je citerai certainement souvent, celui prouvant que d'autres personnes que moi ont pu avoir le même rêve que le mien. Il m'a fait me sentir moins bizarre. Il m'a fait me sentir bien. Il m'a fait espérer, surtout. Et c'est beaucoup je trouve. Après tout, de combien de livres peut-on dire ça ?
Comme vous l'aurez compris, je n'essaye pas de vous dire qu'Elle qui chevauche les tempêtes est un Grand Roman. Juste que c'est un livre important pour moi, pour tout ce qu'il renferme d'idées et de sous-texte, de non-dits incroyables et d'émerveillement devant les possibles. Et c'est pourquoi il est mon Lunes d'Encre préféré…




Bel article ! C'est vrai que nos romans ne sont pas toujours les meilleurs en terme de qualité, objectivement (mais est-il possible de l'être ?).
Ce sont surtout ceux qui nous parlent, nous font vivre des choses, provoquent des sentiments.
Je compte lire bientôt "Windhaven", j'espère être aussi "remué" que toi !
Merci ^_^.
Attention que, comme je le disais, l’histoire est « banale », dans le sens de « déjà vue » (elle a presque 30 ans je pense, c’est normal). Et que le contexte, si on n’y fait pas attention, on ne s’en rend pas compte. Mais, justement. J’adore le fait qu’il soit là et que personne ne le trouve étrange, voire ne le remarque pas. Parce que c’est bien la preuve qu’une chose de ce style n’est ni choquante ni étrange, et pourrait même aller de soi sans volonté de tout le temps la mettre en avant.
Je suis totalement d'accord, c'est le côté émotionnel qui parle beaucoup ! En tout cas ce bouquin est tentant !
A voir si tu te laisseras tenter alors ;-p.
Ce sera aussi mon Lunes d'Encre pour les 13 ans de la collec. Il est fini manque plus qu'à le chroniquer. Il m'a fait très forte impression malgré le fait que je sens que c'est un bouquin de pur divertissement. Comme le dit shaya le côté émotionnel parle beaucoup.
Oh, ça me fait plaisir de le savoir, je me demandais s’il avait touché d’autres personnes, ce roman. J’ai hâte de lire ton billet!
D'accord avec toi pour le côté émotionnel. Un bon livre fait toujours vibrer. un mauvais livre laisse froid (il n'y a rien de pire que l'indifférence)
Exactement. Il m’est déjà arrivé d’admirer un livre techniquement bien foutu, mais s’il n’est que ça, c’est dommage.
Bon choix ! Je l'ai lu il y a une bonne lurette mais en garde un souvenir ému,
http://www.yozone.fr/spip.php?article3427
Oui, effectivement (et moi j’aime bien qu’on garde les titres VO pour les livres de Gaiman, « Les dieux américains », ça aurait eu moins de gueule ;-p).
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