La servante écarlate, Margaret Atwood

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Robert Laffont, coll. Bibliothèque pavillons

Genre : science-fiction, dystopie

Infos : 1987 (1985) – V. O. : The Handmaid's Tale – Trad. : Sylviane Rué – 511 p. – 10€50 – ISBN : 978-2221103760

Pourquoi ce livre ? Parce que le prochain club de lecture est sur les auteurs canadiens et que je voulais trouver un livre canadien de SF écrit par une femme (d'ailleurs, si vous avez d'autres suggestions trouvables en Belgique autres que Chroniques du Pays des Mères que j'ai déjà, je suis preneuse).

 

 

RESUME :

La servante écarlate, c'est Defred, une entreprise de salubrité publique à elle seule. En ces temps de dénatalité galopante, elle doit mettre au service de la république de Gilead, récemment fondée par des fanatiques religieux, son attribut le plus précieux : sa matrice.

Vêtue d'écarlate, à l'exception des voiles blancs de sa cornette, elle accomplit sa tâche comme une somnambule. Doit-elle céder à la révolte, tenter de tromper le système ? Le soir, Defred regagne sa chambre à l'austérité monacale.

Elle songe au temps où les femmes avaient le droit de lire, d'échanger des confidences, de dépenser de l'argent, d'avoir un travail, un nom, des amants. C'était le temps où l'amour était au centre de tout. L'amour, cette chose si douce aujourd'hui punie de mort.

Œuvre majeure, La Servante écarlate n'est pas sans rappeler 1984 d'Orwell. Mais, au-delà de cette magistrale création d'un monde, c'est la question du rôle et de l'avenir des femmes que pose, avec force, ce roman inoubliable.

 

 

MON AVIS :

La servante écarlate est de ces livres qui vous intimident à cause de la réputation qui les précède. Et quelle réputation pour ce roman qui fête cette année ses 30 ans et qui continue à rester une référence en la matière ! Je l'ai pour ma part très souvent entendu citer en exemple de dystopie ou de SF recommandables et j'avoue avoir eu peur de le lire à cause des attentes tellement élevées que j'avais à son sujet. Il fallait pourtant que je saute le pas un jour ou l'autre. Et je me suis retrouvée avec tout à fait autre chose que ce que j'avais pu imaginer. Une chose qui m'a glacée le sang, presque étouffée. Dans le bon sens du terme.

 

Defred a connu la vie « normale ». Elle avait un boulot, un compagnon, un enfant. Jusqu'à ce que. Un jour, tout a basculé et les femmes se sont retrouvées à la fois protégées et mises au ban de la société. Privées de propriété, de désirs, d'existences, elles sont devenues soit servantes, soit épouses, soit prostituées, soit mères porteuses. Dans un monde à la fertilité en chute libre, ces dernières constituent une caste à la fois vénérée et esclave de son statut, condamnée au viol pour procréer. Defred est une de ces rares personnes ayant prouvé sa capacité à donner la vie et se retrouve à nous décrire la folie du monde dans lequel elle vit.

 

Margaret Atwood nous raconte ici une histoire de science-fiction, le récit d'un monde devenu (religieusement) fou. Une dystopie donc. Et pourtant, La servante écarlate a un goût décidément bien amère lorsque l'on considère le fait que cet univers fictif est, on le sait pertinemment, la réalité de bien des femmes dans divers pays de notre planète. Maintenant. La femme assimilée à un enfant et qui n'a pas de propriétés, liée par tout un tas de rituels religieux, n'ayant pour but que de fournir une progéniture, un statut, ou simple esclave des hommes qui la dirige. Ce n'est pas juste de la fiction, c'est la réalité. Et c'est ce qui m'a donné le sentiment d'étouffer en lisant ce roman. Pire que l'idée d'imaginer qu'un futur tel que décrit ici pourrait nous tomber dessus à partir de rien, c'était celle de me dire que je vivais la vie d'autres comme moi qui n'avaient pas eu la chance de naître au bon endroit.

 

Double résonance douloureuse, il y a à l'origine de la dictature religieuse de La servante écarlate des attaques apparemment islamistes ayant fourni le prétexte aux hommes de restreindre des libertés des autres en général et des femmes en particulier. Lire cela au lendemain des événements de Charlie Hebdo m'a encore plus glacé le sang. La preuve en tout cas de l'effroyable actualité/pertinence du roman de Margaret Atwood (car les attentats ont toujours été prétexte à prendre des mesures qui n'auraient jamais été acceptées en temps normal).

 

J'avoue pourtant ne pas avoir adhéré à tout, trouvant même (oh sacrilège) l'histoire parfois longuette par endroits et la « conclusion » peut-être de trop. Il n'en reste pas moins que je suis sortie effrayée et marquée de ce roman qui nous emmène au plus sombre de la domination religieuse/masculine et qui donne envie de se battre, encore, toujours.

 

La servante écarlate est donc un roman qui mérite amplement sa réputation et qui vous fera vivre de l'intérieur une dictature étouffante de stupidité et d'injustice. A découvrir non seulement pour lire de la bonne science-fiction mais surtout pour prendre conscience de l'horreur vécue par de nombreuses femmes encore à notre époque. Indispensable.

 

12 commentaires sur La servante écarlate, Margaret Atwood

  1. ça ne me tente pas du tout, c'est peut être bien et intéressant, mais je n'ai vraiment pas envie de me plonger dans un univers aussi glauque!! peut être un jour, mais j'y crois pas trop!

  2. Drôle, je viens de lire Chroniques du pays des mères (j'ai aussi à relire Le silence de la cité, maintenant)

    Trouver ces bouquins n'est pas si facile, Atwood, au moins, est plus facile à avoir…

    Hélas pas d'idées de SF/ canada/ femme

    • Je l’ai vu. En fait, pour tout te dire, j’avais laissé un commentaire mais ce nouveau système de Blogger ne me réussit pas, j’oublie à chaque fois d’attendre l’étape où il faut juste cliquer pour prouver qu’on n’est pas un robot, je ferme le blog après avoir posté le commentaire et quand j’y retourne, il n’est plus là. J’en ai perdu 5-6 comme ça, j’ai abandonné l’idée de réussir à perdre mes réfexes, surtout qu’il y en avait deux longs dans le tas et que ça m’a dégoûtée… :-( Bon, je te disais juste que j’allais le lire et que ça me frustrait de savoir que ça faisait partie d’une série que je ne lirai certainement jamais en entier parce qu’il m’avait déjà fallu 6 mois pour trouver celui-ci…

      Bah, j’ai déjà 2 livres, c’est pas mal. Mais plus, ça aurait été encore mieux ^_^.

  3. Une dystopie qui mériterait de faire partie de la "Sainte Trinité" ("1984", "Le meilleur des mondes", "Fahrenheit 451", et qui ne serait donc plus une trinité^^) ?

     

    En tout cas, je note. Et en auteures de SF canadienne, je pense à Tanya Huff et Kelley Armstrong (toutes les deux chez Bragelonne), mais pas sûre que ni l'une ni l'autre n'écrive sur ce qui t'intéresse…

    • Pas à ce point-là, l’univers n’est pas assez développé et exploité pour ça. Mais une dystopie qui fait réfléchir et qui marque, c’est déjà ça ^_^.

      Nan, pas trop ma tasse de thé, mais c’est gentil de me trouver des suggestions, je ne les savais d’ailleurs pas Canadiennes.

    • C’est le problème quand on commence avec un des romans les plus forts de l’auteur et c’est ce dont j’ai peur (de ne pas trouver les autres aussi bons). Parce que bon, maintenant, forcément, j’ai envie de lire autre chose.

  4. Coïncidence, ça fait des années que je veux le lire, et je l'ai commencé récemment, mais dans un état de fatigue trop avancé, donc faux départ. A force d'attendre et de lire des critiques positives sur ce roman, ça met la barre très (trop) haut en termes d'attentes, je trouve. Je crains moi aussi d'être confrontée à sa lecture à une réalité et une actualité douloureuses.

    • Oui, je comprends l’effet de barre très (trop) haute, ça joue beaucoup sur une lecture. Et la réalité est belle et bien douloureuse et trop d’actualité avec des choses comme les kidnapping de Boko Haram ou même la vie de femme dans de nombreux pays encore mysogines. Il vaut mieux attendre d’avoir vraiment envie de le lire, autrement il pourrait facilement devenir un poids…

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