Réalisateur : Zach Braff

Pays : USA

Durée : 107 minutes

Genre : comédie douce-amère

Acteurs : Zach Braff, Kate Hudson, Mandy Patinkin

 

 

RESUME :

Pour sauver son couple, renouer avec son frère et rassembler toute sa famille autour de son père qui vient de tomber malade, Aidan devra tour à tour changer de mode de vie, délaisser son rêve de comédien et partir à l’aventure de la vie d’adulte. Entre Los Angeles, le désert californien et ses propres rêves, saura-t-il trouver le véritable rôle de sa vie ?

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS:

J'ai longtemps attendu Wish I Was Here (je n'aime pas son titre français). Tout d'abord parce que je l'ai espéré, ensuite parce qu'il est devenu un projet Kickstarter que j'ai surveillé de loin en loin sans pouvoir y participer, enfin parce que son réalisateur, que je suis sur Twitter, n'a pas arrêté d'en parler ces derniers mois. C'est que Garden State est un de mes films préférés. Suite à ce trop-plein d'attente, je ne pouvais donc qu'être déçue. Mais pour finir, pas tant que ça…

 

 

A 35 ans, Aidan Bloom est un « jeune » acteur qui attend toujours le rôle qui le révélera au monde cinématographique. Refusant d'enterrer ses rêves, il va de figurations (ou presque) en périodes de chômage rallongées. Sa femme est la seule à ramener de l'argent dans le couple et c'est pourquoi ils ont dû demander au père d'Aidan de payer pour la scolarité de leurs deux enfants. Cependant, ce dernier apprend qu'il a un cancer en stade terminal et décide logiquement d'investir ses derniers deniers dans une méthode expérimentale qui, elle seule, pourrait éventuellement le sauver. Refusant de mettre ses enfants à l'école publique, Aidan se retrouve à leur donner cours…

 

 

Dit comme ça, rien de folichon dans ce film. Et il faut bien le reconnaître, ce n'est pas pour l'originalité du scénario qu'on va voir Wish I Was Here. Mais l'intérêt de cette histoire ne réside pas dans le regard que Zach Braff porte sur la question de la préparation au deuil et sur la perte des parents. Il se trouve plutôt dans sa manière de mettre la chose en scène, dans le ton, dans l'humour, dans ce mélange d'absurde, d'attendrissant et de douloureux que Braff avait déjà réussi à amener dans Garden State.

 

 

C'est que Braff semble aimer mélanger les genres pour nous transporter sans jamais verser dans l'excès de l'humour, du mélodrame ou de la comédie familiale. C'est un dosage étrange mais efficace qu'il nous livre donc ici. Je pense notamment à une scène qui m'a presque fait rire aux larmes dans laquelle Aidan, qui vient de quitter son père mourant, voit le (très) vieux rabbin venu donner des conseils sur la manière d'accompagner les mourants monter sur un étrange engin roulant et rentrer dans le mur. C'est totalement gratuit et complètement décalé et ça permet de décharger l'émotion de ce qui vient de se passer, évitant ainsi l'agacement du tire-larme qu'aurait pu être ce passage sans cela. Le film est construit autour de contrastes de ce genre et c'est ce qui le rend si attachant.

 

 

C'est en tout cas ce qui m'a le plus plu dans ici, ce mélange inattendu et pourtant caractéristique du personnage iconique qu'est Braff. Pourtant, son film n'est pas exempt de défauts. Il est, par exemple, plus constitué d'une suite de sketchs que d'une histoire suivie. Il joue aussi énormément sur les private jokes qui risquent de laisser de nombreux spectateurs sur la touche (ceux qui ne connaissent pas Sheldon Cooper ou qui ne savent pas que l'acteur interprétant le grand-père de la jeune Grace a eu un rôle important dans Yentl, qui est le film préféré de cette dernière notamment). Il n'est pas original dans son développement et a abandonné la recherche esthétique parfois foutraque qui faisait tout le charme de Garden State. Pourtant, il arrive à faire oublier tout cela grâce à une tendresse, une humanité, une honnêteté incroyables. C'est un film marquant non parce qu'il est intelligent, esthétiquement travaillé ou original mais simplement parce qu'il arrive à émouvoir sans aller dans l'exagération et à faire rire sans lasser.

 

 

Et si je n'ai pas été autant emportée qu'avec le premier film de Braff, auquel il est impossible de ne pas comparer Wish I Was Here tellement de nombreux de ses éléments lui font écho (le personnage acteur raté, le père avec lequel la relation est difficile, la compagne qui est si parfaite dans ses imperfections, l'ambiance, la musique, etc.), je l'ai quand même énormément apprécié. Parce que Braff a su m’emporter complètement dans son histoire en me faisant rire et pleurer à la fois. Dès lors, malgré son sujet plutôt triste et peu tentant, je classerai sans hésitations Wish I Was Here dans les feel good movies qui font du bien par où ils passent sans en faire trop. A découvrir donc, sans hésitation.

 

 

Mirobole éditions

Genre : horreur, fantastique, nouvelles

Infos : 2013 (2011) – V. O. : Samlade svenska kulter – Trad. : Carine Bruy – 345 p. – 21€50 – ISBN : 979-1092145144

Pourquoi ce livre ? Parce que j'avais beaucoup aimé Je suis la reine chez le même éditeur.

 

 

RESUME :

La lande de Skanör voit s’écraser une météorite d’où émerge une créature avide ; cent cinquante et une personnes convergent des environs de Stockholm pour un suicide collectif ; une boutique d’aquariophilie est tenue par une femme étrangement proche de ses poissons… Dans ces contes horrifiques, Anders Fager s’empare des grands thèmes de la mythologie, du folklore et du fantastique pour créer des territoires sensuels et sombres, où il fait surgir des créatures d’épouvante. Mais le monstre n’est pas toujours celui qu’on imagine. Avec un humour noir confinant à la jubilation, l’auteur construit ses récits à coups de petits détails dissonants qui font basculer un quotidien banal : dans cet univers de cauchemar, dans ce monde dévasté, violence et folie sont partout.

 

 

MON AVIS :

Bon, tout d'abord, mesdames et messieurs les éditeurs, il faudrait arrêter de comparer TOUS les auteurs de fantastique horrifique à Stephen King en quatrième de couverture. Pourquoi vouloir à chaque fois réduire ce genre à son représentant le plus connu ?!? D'autant plus que Les Furies de Borås n'a rien à voir avec l'univers ou la plume du « Roi ». S'il fallait placer l'auteur dans l'ombre d'un de ses prédécesseurs, Lovecraft serait le nom (pourtant évident) à mettre en avant vu que Faber fait directement et indirectement référence à ce dernier dans ses nouvelles. Dès lors, ceux qui cherchent des frissons à la King dans ce recueil risquent d'être déçus… Maintenant que c'est dit, je peux vraiment commencer ce billet.

 

Si vous êtes prêts à suivre des adolescentes dans leur chasse à l'homme pour honorer un être démoniaque, si nourrir une étrange créature qui vous réclame du sang chaud ne vous effraie pas, si vous voulez savoir ce qui réside dans la cave à laquelle on accède via l'escalier de service ou si vous souhaitez explorer le territoire inconnu de la mort en espérant y trouver un bonheur entraperçu par hasard, mais surtout si vous n'avez pas peur de baigner dans la morve, la glaire, le sang et le sexe, n'hésitez pas, Les Furies de Borås est pour vous.

 

Il faut bien dire qu'Anders Fager ne se contente pas d'essayer de nous glacer le sang, il veut aussi nous immerger dans le glauque, le sale, le gluant, l’écœurant. Le « pire » étant qu'on en redemande après chaque nouvelle ! C'est que l'auteur sait y faire pour réveiller notre intérêt et rendre palpable ce monde à côté du nôtre, qui deviendrait presque plus tangible que celui dans lequel nous vivons. Peut-être aussi qu'il y a quelque chose de fascinant dans cette débauche de viscosité.

 

Mais ce qui m'a vraiment plu, ce sont les personnages féminins forts et déterminés. Il faut dire que tout commence par une nouvelle sur des adolescentes intelligentes, au futur prometteur (une sera avocate nous dit-on, une autre médecin), qui se transforment en prédateurs dans une boîte de nuit. L'inversion des rôles et la bestialité des personnages fascine et émerveille presque, alors qu'elle écœure tout autant. C'est une inversion des rôles que j'ai trouvée délicieuse. Même si elle ne se répète pas régulièrement, on peut la rencontrer plusieurs fois ici.

 

J'ai également apprécié parcourir un recueil dans lequel des histoires séparées se retrouvent peu à peu reliées par des « fragments » qui sont autant de pauses intercalées entre les nouvelles. De découvrir qu'un récit évoque de près ou de loin un autre lu précédemment, de trouver une unité dans cet univers glaçant, cela rend l'ensemble encore plus fascinant.

 

Pourtant, quand je regarde mes (mini-)notes nouvelles par nouvelles, il m'apparaît que je n'ai pas été impressionnée outre mesure par les récits d'Andres Fager qui, pris individuellement, m'ont plu mais sans plus. Cependant, mon impression générale, elle, est beaucoup plus enthousiaste. Peut-être parce que les diverses histoires des Furies de Borås forment un tout bien plus solide et élaboré que chacune de ses parties. C'est pourquoi je ne peux que vous conseiller ce recueil, à condition que vous vous sentiez en mesure de supporter toutes les substances gluantes qui s'échappent de chaque phrase…

 

 

Éditions de l'Olivier / Points

Genre : ça, je ne peux pas le dire, et parce qu'il est difficile d'en accoler un au livre, et parce qu'en mettre un quand même en révélerait trop à son sujet…

Infos : 2014 (2011) – Trad. : Francis Kerline – 528 p. – 8€50 – ISBN : 978-2-75782826

Pourquoi ce livre ? Je ne sais pas vraiment ce qui m'a tenté en fait. La couverture ? Le titre ?

 

 

RESUME :

« Le métro de New York est un cerveau dérangé sillonné d'ornières creusées par des traumatismes un siècle plus tôt. C'est pourquoi je prends toujours des taxis. »

Acteur retraité, Chase Insteadman vit de ses royalties et d'apparitions mondaines à Manhattan. Il rencontre Perkus Tooth, un ancien critique qui l'entraîne dans ses délires excentriques. Entre absurdité et érudition, les deux amis tentent d'expliquer d'étranges incidents : un tigre rôde dans l'East Side, une odeur de chocolat plane sur la ville et un brouillard permanent efface les gratte-ciel…

 

 

MON AVIS :

J'ai failli ne pas emprunter ce livre. Je n'avais jamais entendu parler de Chronic City quand je suis tombée dessus dans les bacs de nouveautés en poche de ma bibliothèque. C'est parce que l'illustration de la couverture et le titre m'ont attirée que je me suis arrêtée sur lui mais la citation plus bas m'a presque aussitôt découragée… « Post-moderne et actuel, profond et rigolo : le roman branché de l'année. » Le principe de « roman branché de l'année » me donnant plus envie de rire qu'autre chose, j'allais passer mon chemin mais, je ne sais pourquoi, j'ai quand même lu la quatrième de couverture et j'ai été bizarrement attirée par l'atmosphère qui se dégageait des quelques mots présentant ce roman. Mots qui reflètent assez bien ce qui se trouve dans celui-ci faut-il d'ailleurs préciser.

 

Chase Insteadman a été un enfant star, un adolescent jouant dans une série télévisée populaire qui, encore maintenant, lui permet de vivre sans avoir à travailler. Il fait juste de temps en temps des doublures, histoire d'arrondir les fins de mois. La dernière en date l'a mené dans les bureaux de Criterion pour commenter un DVD. Ce qui lui a permis de faire la connaissance de Perkus Tooth, ancien critique qui semble ne plus vivre que pour ses délires plus loufoques les uns que les autres. Alors que la vie de Chase se résume à assister à des dîners de gens riches pour jouer la célébrité de service et à se mourir d'amour pour son astronaute de fiancée bloquée depuis longtemps maintenant sur une station spatiale prisonnière de débris empêchant toute mission de sauvetage, l'acteur retrouve l'envie de se bouger grâce à cet homme passionné qui lui permet de se distraire de sa solitude.

 

Faire ce résumé de Chronic City a été un exercice difficile. C'est que, loin de suivre une intrigue unique, ce livre est fait de petits épisodes qui partent dans tous les sens sans pour autant aller forcément tous quelque part. Parcourir l'histoire que nous livre ici Lethem est une expérience des plus étranges, parfois déstabilisante, parfois longuette aussi mais, pour une raison que je n'ai pas encore réussi à m'expliquer, toujours fascinante.

 

Tentons quand même de comprendre pourquoi. L'auteur a l'intelligence de nous confronter à un héros à double facette, à la fois fascinant et quelconque. C'est un ancien acteur célèbre, il a connu son heure de gloire et fait partie de cette élite à laquelle peu peuvent prétendre appartenir. Il côtoie les riches et vit de ses royalties. Mais c'est aussi un homme normal, pas forcément brillant, ni très intelligent, qui se trompe et cède aux tentations, sans pour autant être au mauvais bougre, bien au contraire. Il incarne une sorte de glamour accessible, le héros banal dont l'existence fait pourtant rêver. Il est facile de s'attacher à lui même si, je dois bien l'avouer, il m'a parfois exaspérée.

 

Mais au-delà du héros, ce qui m'a plu, c'est l'ambiance de ce livre. Un tigre qui se promène dans New York, des astronautes piégés dans l'espace et dont l'histoire passionne la ville, des vases qui auraient des pouvoirs mystiques incroyables, un artiste dont les œuvres servent à se suicider pour certains, autant d'éléments absurdes qui, mis ensembles, forment un tout menant petit à petit vers un final qui, à lui seul, justifie la lecture des 550 pages qui le précèdent…

 

Et me voilà déjà bloquée, ayant peur d'en dire plus parce que cela me ferait en dire trop… A retenir donc une ambiance à la fois confortable et absurde, une histoire qui semble anodine mais qui conduit vers un questionnement vertigineux et des personnages qu'on n'est pas sûr d'apprécier mais qu'on se prend à aimer quand même. Un peu comme ce livre d'ailleurs. J'ai mis incroyablement longtemps à le lire (une semaine)(c'est énorme pour moi)(le fait que j'étais partie quasiment tous les jours n'a pas dû aider) et je réalise que j'ai dû laisser passer de nombreuses références au nombre de celles que j'ai pu repérer, ce qui s'avère frustrant. J'ai également trouvé certains passages trop longs, certains développement poussifs. Et pourtant, en refermant Chronic City, j'ai eu l'impression d'avoir lu quelque chose qui restera un longtemps avec moi. Pas moins.