Rivages/Rivages Poche

Genre : nouvelles, entre fantastique et réalisme magique

Infos : 1999 (1993) – V. O. : Tokage – Trad. : Dominique Palmé et Kyôko Satô – 130 p. – 6€60 – ISBN : 978-2743608620

Pourquoi ce livre ? Par hasard.

 

 

RESUME :

Après Kitchen et N-P, Banana Yoshirnoto continue de nous faire partager son univers original et enchanteur, son ton très particulier, très japonais post-moderne. Elle associe subtilement la culture traditionnelle à celle des valeurs modernes, dans une fiction sur le temps, le destin, les pouvoirs du rêve.

 

 

MON AVIS :

Au début, je lisais un tout autre livre. J'avais dépassé le fameux stade de la page 70 (fameux pour moi, normalement il ne devrait rien vous dire) et j'avais donc décidé sans crainte (grande naïve que je suis) de l'emmener pour être ma lecture de midi. Mais à midi, au fil des pages, j'en ai eu assez et le besoin d'arrêter s'est fait trop pressant pour que je l'ignore. Je me suis donc retrouvée sans livre avec encore une demi-heure à passer. Quelle horreur ! Que faire ? Pas de collègues à qui parler vu que je suis seule à l'heure de midi. Et là, je me suis souvenue que bon, quand même, j'étais un peu beaucoup entourée de livres (oui), du coup la situation n'était pas vraiment catastrophique, je n'avais juste qu'à en prendre un autre. J'ai commencé à regarder à la lettre Z, je me suis arrêtée à Yoshimoto (paresse, quand tu nous tiens). De l'avantage de travailler dans une bibliothèque donc.

 

Un homme rencontre une étrange personne dans un train et fait un bout de chemin avec. Un médecin découvre le sombre secret de sa bien-aimée et lui révèle le sien. Un couple s'échange des souvenirs. Un autre, né dans l'adultère, essaie de survivre au doute et à la suspicion. Un femme se débat avec le souvenir de ses parents restés vivre dans une secte pacifiste. Une dernière s'apprête à épouser un homme quand elle apprend les circonstances de sa naissance et ce qui a été sa vie lors de ses premiers mois. Toutes ces personnes prennent leur temps, sans se hâter vers un futur qui n'est de toute façon pas maitrisable. Elles portent un regard calmé sur une vie qui n'est pourtant pas de tout repos. Et, d'une certaine manière, cet apaisement qu'elles ressentent traverse les pages pour nous gagner.

 

Parce que c'est bien cette sensation de quiétude que je retiendrai de ce recueil de nouvelles. J'ai tout de suite été happée dans le monde doucement nostalgique de Banana Yoshimoto. Pourtant, ce n'était pas gagné d'avance, je n'avais pas été marquée plus que cela par ma première rencontre avec l'auteur. Ce qui m'étonne plutôt maintenant car je me suis retrouvée en parfait accord avec la manière dont ses personnages abordent la vie. Je retenterai donc certainement la lecture de Kitchen un de ces jours. Et je vais essayer de mettre la main sur ses autres livres (bien que peu aient été traduits en français)(pourquoi, alors qu'en Italie, une quinzaine d'entre eux ont été publiés ?).

 

Que dire de plus si ce n'est que les six histoires de Lézard sont comme autant de petits mondes qui arrivent à se clore parfaitement alors que l'auteur leur laisse toujours une fin ouverte ? Que l'écriture a quelque chose de fascinant alors qu'elle reste toujours simple et élégante ? Que l'usage de stéréotypes souvent genrés peu agacer mais que Yoshimoto contrebalance la chose par la finesse des situations qu'elle décrit ? Peut-être que la personne pas vraiment réceptive aux nouvelles en moi a trouvé la forme de ces histoires parfaite car si elles avaient été plus longues, elles auraient perdu de leur charme.

 

Lézard est donc un petit recueil de nouvelles baignant dans une forme de réalisme magique discret qui apporte repos et sérénité. Pour se détacher du monde afin de mieux le comprendre…

 

 

 

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Autre livre de l'auteur sur ce blog :

Kitchen

 

 

Actes Sud, coll. Babel Essai

Genre : essai, sciences politiques

Infos : 2014 (2013) – V.O. : Tegen verkiezingen – Trad. : Isabella Rosselin et Philippe Noble – 219 p. – 9€50 – ISBN : 978-2-330-02820-6

Pourquoi ce livre ? Parce que j'en ai entendu parler à Livrés à domicile et que les remarques qui ont été faites à son sujet m'ont beaucoup parlé.

 

 

RESUME :

Notre démocratie représentative est aujourd'hui clans une impasse. Sa légitimité vacille : de moins en moins de gens vont voter, les électeurs font des choix capricieux, le nombre d'adhérents des partis politiques est en baisse. En outre, l'efficacité de la démocratie est violemment mise à mal : toute action énergique de l'exécutif devient problématique, les hommes politiques adaptent de plus en plus leurs stratégies en fonction des échéances électorales.

Cet état de fait, David Van Reybrouck l'appelle "le syndrome de fatigue démocratique" et il s'interroge sur les moyens concrets d'y remédier. Suivant les travaux récents de politologues renommés, il préconise de remettre à l'honneur un grand principe de démocratie qui a connu son apogée dans l'Athènes classique : celui du tirage au sort.

Au fil d'un exposé fervent et rigoureux, David Van Reybrouck démontre combien ce principe de tirage au sort pourrait être efficace pour donner un nouvel élan à nos démocraties essoufflées. Car il s'agirait bien, en associant des citoyens représentatifs de toutes les strates professionnelles et sociales, de rendre au peuple les moyens d'agir sur ce qui le concerne au premier chef.

 

 

MON AVIS :

C'est facile de dire que le système est pourri, encore faut-il expliquer pourquoi et, mieux, donner des solutions pour l'assainir. Comme d'autres personnes je suppose, je ressens un grand malaise quant à la question de la démocratie telle qu'elle existe de nos jours, à la manière dont les sondages continuels et dont les réactions excessives à chaque petite décision influencent un peu trop lesdites décisions des politiciens et, avant tout, à cet éternel concours de popularité que semble être devenue la politique. Les visions à long terme ne semblent plus être possibles, il faut des résultats tout de suite ou c'est le dénigrement dans les médias et dans la rue. Comment gouverner un pays de manière responsable dans ces conditions ? Plus les années passent, plus j'ai l'impression que les élections ne sont qu'un immense concours de popularité qu'on gagne à coup de bons mots dans les journaux et autres plateaux télé. Est-ce qu'on pourra tenir encore longtemps comme ça ?

 

De son côté, le président est absorbé par le soin de se défendre. Il ne gouverne plus dans l'intérêt de l'État, mais dans celui de sa réélection: il se prosterne devant la majorité, et souvent, au lieu de résister à ses passions, comme son devoir l'y oblige, il court au-devant de ses caprices. (p. 113)

 

Cependant, j'ai beau râler, je ne sais pas ce qu'on pourrait faire pour sortir de ce piège. David Van Reybrouck, lui, nous propose ici une solution concrète accompagnée d'une analyse expliquant en quoi cette solution peut être intéressante pour nous. Il nous rappelle qu'Athènes, berceau de la démocratie, se basait sur un tirage au sort de ses représentants. En étudiant l'histoire des divers systèmes représentatifs, Van Reybrouck approfondit son idée et explique en quoi ce tirage au sort, accompagné d'élections dans un premier temps, pourrait apporter cette mesure et cette vision à long terme qui font défaut à notre monde politique.

 

Il se passe une chose bizarre avec la démocratie: tout le monde semble y aspirer, mais personne n'y croit plus. (p. 11)

 

Les explications de l'auteur sont assez claires. Je ne dis pas pour autant que je les ai trouvées passionnantes de bout en bout mais je n'ai pas eu de difficultés à les comprendre, ce qui est notable dans ce type de raisonnement pouvant facilement perdre son lecteur. Cependant, si j'ai apprécié la construction de ces explications, je ne peux pas dire être entièrement d'accord avec David Van Reybrouck. Trop de préoccupations certes secondaires mais importantes sont par exemple mises de côté dans la description de cette nouvelle manière d'organiser la représentation des citoyens, notamment la question de l'emploi une fois le mandat des volontaires tirés au sort terminé ou encore la sélection première desdits volontaires.

 

Cette obsession des élections semble curieuse: cela fait près de trois mille ans que les gens s'essayent à la démocratie, et seulement deux cents ans qu'ils le font exclusivement au moyen des élections. Pourtant, nous considérons qu'il s'agit de la seule méthode valabe. Pourquoi? (p. 54)

 

Contre les élections n'en reste pas moins un essai important car il a le mérite de poser de bonnes questions et de nous amener à réfléchir à des solutions que nous n'aurions même pas envisagées sans le raisonnement de David Van Reybrouck. Cependant, j'avoue ne pas avoir grand espoir quant au fait que les personnes en mesure de changer les choses se pencheront sur son cas et seront interpelées par ce qu'il propose. C'est peut-être dans l'espoir qu'il arrive quand même jusqu'à l'une d'elles que j'espère voir le plus grand nombre de lecteurs s'intéresser à ce livre. Que je vous conseille, donc, malgré mon manque d'enthousiasme pour la thèse défendue.

 

 

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Réalisateur : Lucas Belvaux

Pays : France

Durée : 111 minutes

Genre : drame psychologique

Acteurs : Emilie Dequenne, Loïc Corbery, Sandra Nkake

 

 

RESUME :

Clément, jeune professeur de philosophie parisien, est affecté à Arras pour un an. Loin de Paris et ses lumières, Clément ne sait pas à quoi occuper son temps libre. C'est alors qu'il rencontre Jennifer, jolie coiffeuse, qui devient sa maîtresse. Si la vie de Clément est régie par Kant ou Proust, celle de Jennifer est rythmée par la lecture de romans populaires, de magazines « people » et de soirées karaoké avec ses copines. Cœurs et corps sont libres pour vivre le plus beau des amours mais cela suffira-t-il à renverser les barrières culturelles et sociales ?

(www.allocine.fr)

 

 

 

 

 

 

 

MON AVIS :

Après le roman, le film. Encore aujourd'hui, j'ai entendu dire plusieurs fois qu'un livre était toujours meilleur que son adaptation cinématographique. J'ai même croisé sur un réseau social ou l'autre cet adage que l'on voit de plus en plus, « Never judge a book by its movie ». Et je ne suis pas d'accord. Certes, la plupart du temps, le livre est effectivement meilleur que sa réinterprétation au cinéma. Mais il y a Children of Men. Il y a The Jane Austen Book Club. Et il y a Pas son genre.

 

 

Clément, professeur de philosophie, n'a ni femme ni enfant. Les relations amoureuses, il n'y croit pas. Ce qui lui vaut d'être envoyé à Arras pour l'année scolaire, étant le seul à ne pas avoir d'attaches concrètes dans sa ville. Cet affectation équivaut à une mort sociale pour lui. Parisien de pure souche, il n'imagine pas sa vie (culturelle) ailleurs. Dès lors, pour tromper son ennui pendant ses jours arrageois, il décide de séduire Jennifer, sa coiffeuse. Une Jennifer qui, elle, en a assez des relations d'un soir et attend LE prince charmant. L'amour peut-il naître entre ces deux personnes si différentes ?

 

 

Malgré les apparences, Pas son genre n'est PAS une comédie romantique. Ce n'est pas non plus une romance. S'il fallait lui donner un genre, ce serait peut-être celui de drame psychologique, voire d'étude sociologique. Car Lucas Belvaux nous parle à travers ses personnages des relations amoureuses à notre époque. Pour ce faire, il utilise volontairement des caricatures qui serviront de sujet d'étude. Jamais il ne les jugera, jamais il ne les critiquera. Tout au plus sentira-t-on l'histoire glisser doucement de Clément à Jennifer, ce qui rétablira ainsi un équilibre rompu dans le livre de Philippe Vilain.

 

 

Pourtant, j'ai envie de dire que Lucas Belvaux, s'il ne juge pas ses personnages, les aime. On sent de la bienveillance dans sa manière de nous les montrer. On découvre dans certains regards, dans des mots non prononcés quelques vérités qui nous aident à les comprendre. On n'a pas envie de se moquer d'eux ou de les détester (alors que dans le livre, bien). On n'a pas envie de les trouver pathétiques non plus. On apprend à les connaître, c'est tout. D'autant plus qu’Émilie Dequenne et Loïc Corbery (de la Comédie française, etc.) interprètent à la perfection et en toute simplicité ces deux êtres que tout sépare.

 

 

Ainsi, nous assistons à la naissance d'une relation à la fois banale et impossible. Pas de réels obstacles pourtant, juste des différences qui éloignent. Des différences que la caméra de Lucas Belvaux souligne sans pourtant insister,. Des différences que les personnages essaieront pourtant d'effacer. Je vous laisse découvrir s'ils y arriveront. En tout cas, c'est peut-être là le seul défaut de ce film à mes yeux, je trouve sa fin trop excessive. Mais elle ne fait que calquer celle du roman après tout…

 

 

Tout ça donne un film simple et pourtant complexe. Il pourra paraître vain et lent si l'on se contente de le laisser passer l'histoire sans creuser. Cependant, il bouleversera peut-être les spectateurs qui décideront de lire les gestes, de les interpréter au lieu d'attendre une réponse toute faite. Mais, surtout, Pas son genre est de ces œuvres d'une sincérité bouleversante qui donnent l'impression de pouvoir mieux comprendre le monde qui nous entoure. Non pas parce qu'elles nous assènent des vérités mais parce qu'elles nous apprennent à regarder. A découvrir donc.

 

 

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