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Musée des Lettres et Manuscrits / France Loisirs

Genre : poésie

Infos : 2013 – 1 livret (60 pages) et trois carnets en accordéon – 35€ – ISBN : 978-2-298-07601-1

Pourquoi ce livre ? Parce qu'on me l'a offert et que Verlaine est un de mes poètes préférés.

 

 

RESUME :

On s'émeut du génie et de la précocité du jeune Rimbaud et de ses amours tumultueuses avec Verlaine admiré pour ses Fêtes galantes . Ce que l'on sait moins, c'est qu'il a produit des poèmes forts et magnifiques durant sa captivité dans les prisons belges de 1873 à 1874, d'abord à Bruxelles, puis à Mons. Profondément seul et désemparé, le poète donnera des vers inoubliables, venus du tréfonds de sa souffrance et de son âme mélancolique et libre. Aujourd'hui nous vous proposons ces 32 poèmes en proses sous coffret, rassemblés, reproduits dans leur intégralité et accompagnés de trois superbes livres d'artiste, des Leporello , ou livres frises en forme d'accordéon. Ils sont nés de la main et de l'inspiration de l'artiste Marianne Montchougny.

 

 

MON AVIS :

J'avais 14 ans, je venais juste de (réellement) découvrir la poésie avec Les Fleurs du Mal de Baudelaire et je commençais tout doucement à fréquenter la salle d'art et essais de mon cinéma quand j'ai vu Total Eclipse (Rimbaud/Verlaine). Je ne sais plus si j'avais déjà lu les artistes maudits mis en scène dans ce film mais ils sont devenus mes poètes préférés (avec Apollinaire et Baudelaire) par après. Pourtant, ça fait quelques années que je n'avais plus fréquenté l'un ou l'autre. Pour tout dire, ça fait quelques années que j'ai un peu délaissé la poésie, ne lisant plus que deux ou trois recueils par ans. C'est dommage et Cellulairement/Kaléidoscope (ainsi que la personne qui me l'a offert) vient m'aider à recoller avec cet auteur et ce genre.

 

 

Parlons d'abord du texte de Verlaine. Après avoir tiré et blessé Rimbaud, Paul Verlaine a passé deux ans en prison en Belgique. Pendant ces deux ans, il a trouvé un moyen de continuer à écrire (moyen qu'il explique dans Mes prisons, dont nous retrouvons des extraits ici). Le poète voulait publier ces textes carcéraux dans un recueil nommé Cellulairement mais celui-ci ne fut pas accepté par des éditeurs et certains d'entre eux furent ajoutés à d'autres publications. Ils peuvent être retrouvés dans Kaléidoscope. Je m'attendais à trouver quelque chose dans le ton du superbe De Profundis mais c'est une autre démarche que l'on trouve ici. L'univers carcéral est évoqué, certes, mais rarement directement et l'auteur se barricade dans les métaphores pour faire exploser sa tristesse, son mal-être. Les mots sont beaux, encore, toujours, le ton est mélancolique, encore, toujours, mais un petit quelque chose ressort d'amer, forcément.

 

 

Ce n'est cependant pas tout ce qu'on retrouve dans ce coffret. En plus du cahier reprenant ces poèmes, des extraits de Mes prisons et une préface explicative, nous retrouvons trois carnets en accordéon reprenant trois poèmes, Kaléidoscope, Autoportrait cubiste et Réversibilités, qui ont été illustrés par Marianne Montchougny, artiste que je découvrais ici mais qui a une certaine notoriété si j'en crois le préfacier. Les peintures de cette artiste sont parfois sombres, parfois violentes mais collent parfaitement aux poèmes emprisonnés dans une mélancolie et une amertume marquée.

 

 

Poèmes et peintures sont rassemblés en un objet littéraire plutôt unique et très beau, même si je trouve dommage que le recueil Cellulairement n'ait pas été aussi soigné que les trois carnets l'accompagnant. En effet, celui-ci est simplement relié par agrafes, comme un bête petit syllabus beaucoup trop sobre, ce qui semble indigne du reste du coffret. En ce qui concerne le contenu, les poèmes de Verlaine sont parfois touchants, parfois déstabilisants, ce qui peut également être dit des illustrations de Marianne Montchougny. Le tout forme un ensemble atypique comme on voudrait en voir plus souvent (mais à des prix peut-être plus accessibles).

 

 

NB : Les illustrations de ce billet proviennent du site de Belgique Loisirs et de celui de Marianne Montchougny.

 

 

Alma éditeur

Genre : poème en prose, drame peut-être

Infos : 2014 – 125 p. – 16 € – ISBN : 978-2-36279-119-2

Pourquoi ce livre ? Parce que c'est presque devenu une tradition de lire le nouveau Thomas Vinau chez Alma on dirait…

 

 

RESUME :

Tout va vient, la mer est calme, Joseph, 37 ans, mène sa barque comme il peut. Comme tout le monde. Atteindre le soir, le lendemain. La fin du mois. Les prochains congés. Finalement rien n'a changé depuis l'enfance. Si ce n'est qu'il n'est plus un enfant, qu'il en a un, Noé, et que le bateau prend l'eau. La mère de l'enfant s'en va puis l'enfant à son tour – le temps des vacances. Joseph déboussolé prend le maquis. Le baron perché se serait réfugié dans son arbre, Alexandre le Bienheureux dans son lit, Robinson dans la boue de ses sangliers. Joseph, lui, commence par grimper dans la cabane qu'il a construite dans un arbre du jardin. Object : ranimer ses rêves. Puis il découvre un second refuge : les autres, leurs histoires, leur présence ; celles d'une jeune fille et d'un clochard notamment. Avec l'obstination placide d'une tortue qui cherche sa première fleur de pissenlit, Joseph traverse la nuit, essuie l'orage. Victorieux, décrotté, prêt à tout.

 

 

MON AVIS :

Les romans de Thomas Vinau vivent dans cette ténue frontière existant entre le récit et les beaux mots, entre la logique et le lâcher-prise. Parfois, ils basculent d'un côté ou de l'autre, sans prévenir, pour notre plus grand plaisir ou à notre plus grand agacement. Lire La part des nuages m'a permis de le comprendre et de mieux appréhender mes précédentes (et déroutantes – que ce soit positivement ou négativement) expériences avec l'auteur.

 

Il existe comme un lien entre les trois romans de Vinau, comme s'ils racontaient autant trois hommes qu'un seul. Car les personnages sont multiples mais leur besoin d'une sorte de retour à la nature (ou aux racines) est similaire. Dans La part des nuages, Joseph, 37 ans, a été mari, est divorcé et sera toujours père. Sa vie est maintenant rythmée par son petit Noé, qu'il faut éduquer, préparer, amener à l'école, rechercher l'après-midi, distraire, nourrir et dorloter. Mais que faire quand le petit bout part en vacances avec sa mère ? Joseph fait le point et des listes. Puis décide de se retrouver en s'abandonnant…

 

On peut aborder La part des nuages de deux manières. Soit en s'intéressant au récit et en plongeant dans cette histoire déstabilisante d'un homme qui cherche un nouvel équilibre (ou qui se perd, au choix). Soit en se laissant bercer par les mots et en savourant les formulations du poète. Mais ce serait dommage de ne se limiter qu'à l'une ou à l'autre. Pour ma part, j'ai vogué entre les deux, sans réellement me décider, parfois irritée par une formule mais séduite par une réflexion, d'autres fois déroutée par l'évolution de l'ensemble mais en accord avec la musique des mots.

 

Bizarrement, la beauté des romans de Thomas Vinau réside dans leur brièveté. Celle-ci permet une immersion totale dans une histoire qui nous avale complètement sans qu'on ait le temps de se poser de questions. On accepte, on vit et on ressort tout un coup d'un récit qui nous habitera encore par après justement parce qu'on a besoin de digérer, de comprendre ce qu'on a surtout ressenti instinctivement pendant la lecture.

 

Ainsi, La part des nuages est autant une aventure déstabilisante qui nous plonge dans le lâcher-prise d'un homme ayant besoin de se redéfinir pour voir à nouveau quelque chose dans les nuages qu'une expérience poétique semblant peut-être plus amère que les autres incursions de Thomas Vinau dans l'univers romanesque. Ou, comme dirait l'auteur, plus simplement que moi, il faut juste « Repousser ce moment où l'instant capitule. »

 

Autres livres de l'auteur sur ce blog:

Bric à brac hopperien

Ici ça va

Juste après la pluie

Nos cheveux blanchiront avec nos yeux

 

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