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Éditions de l'Olivier

Genre : fantastique, ou plutôt réalisme magique

Infos : 2013 (2010) – V.O. : The Particular Sadness of Lemon Cake – Trad. : Céline Leroy – 343 p. – 22€50 – ISBN : 978-2-87929-780-4

Pourquoi ce livre ? Parce que j'ai croisé plusieurs billets très enthousiastes à son sujet et que, de toute manière, sans ça, l'association de la couverture et du titre aurait déjà réveillé mon intérêt. Alors quand je l'ai croisé à la bibliothèque, je l'ai emporté.

 

 

RESUME :

Le jour de ses neuf ans, Rose Edelstein mord avec délice dans le gâteau au citron préparé pour l'occasion. S'ensuit une incroyable révélation : elle ressent précisément l'émotion éprouvée par sa mère, alors qu'elle assemblait les couches de génoise et de crème. Sous la douceur la plus exquise, Rose perçoit le désespoir. Ce bouleversement va entraîner la petite fille dans une enquête sur sa famille. Comment supporter le monde lorsque la moindre bouchée provoque un séisme intérieur ?

Comme le singulier gâteau de Rose, les livres d'Aimee Bender sont recouverts d'un succulent glaçage, fait d'humour et de fantaisie. Dans ce texte plein de charme, proche des films de Wes Anderson, elle met l'imagination au pouvoir et prouve qu'elle est l'un des auteurs les plus originaux du paysage littéraire américain.

 

 

MON AVIS :

L'art des titres délicatement souriants avec une pincée d'amertume me semblait être la marque de fabrique d'Alexander McCall Smith mais Aimee Bender paraît bien maîtriser le genre. En quelques mots – La singulière tristesse du gâteau au citron -, elle fait naître une ambiance particulière qui traversera tout son roman.

 

Sortant du four le gâteau au citron que sa mère a préparé pour ses neufs ans, Rose Edelstein en découpe une tranche toute chaude et fondante. Alors qu'elle déguste son dessert préféré, elle est submergée par l'amertume des émotions ressenties par sa mère en le cuisinant. C'est ainsi que Rose découvre posséder une capacité hors du commun qui rendra difficile son rapport à la nourriture : elle « goûte » les sentiments des personnes ayant cuisiné la nourriture qu'elle mange. Essayant de parler à sa famille de la chose, elle se heurte à un mur et devra apprendre à vivre avec cet étrange pouvoir et tout ce qu'il lui apprend sur ses proches.

 

Je ne peux m'empêcher de lire les quatrièmes de couverture des livres que je veux découvrir. Or, celle de La singulière tristesse du gâteau au citron m'a doublement agacée. Tout d'abord, elle dévoile les deux-tiers (voire plus) de l'histoire (j'ai retiré ci-dessus la partie qui me semble en dire trop), au point de partiellement gâcher la lecture de celle-ci. Ensuite, elle se plie à cet exercice toujours autant à la mode de comparer automatiquement le style de l'auteur ou l'ambiance du roman à celui d'une personne ou d'une œuvre plus connue, celle de Wes Anderson ici. A cause de ce rapprochement, je m'attendais à tout autre chose et j'ai passé les cent premières pages à essayer de me détacher de l'idée que je m'étais faite de ce roman.

 

Ce faux départ m'a quelque peu empêchée de réellement rentrer dans une histoire pourtant attachante et qui ne ressemble à rien de ce que j'ai pu lire (bien que quelques petits souvenirs du Chocolat de Joanne Harris me soient revenus en mémoire pendant cette lecture). Aimee Bender nous fait découvrir ici une famille dysfonctionnelle comme elles le sont toutes, une famille ayant des problèmes de communication. Chaque membre semble vivre sa vie de son côté, sans réussir à comprendre les autres, à interagir complètement. L'étrange pouvoir de Rose cristallisera cette « incommunicabilité » et tous les malaises qu'elle fait naître chez sa mère, son père et son frère. Rose s'efforcera pourtant de se rapprocher d'eux mais leurs liens resteront en surface et la petite fille devra apprendre à se débrouiller seule avec les sentiments qui la submergent et la parasitent à chaque repas.

 

Si j'ai apprécié l'histoire et la finesse des sentiments décrits, j'avoue être restée un peu en dehors de ce roman, l'admirant mais n'arrivant pas à le ressentir. J'ai apprécié la structure, quelque peu cassée, l'évolution des personnages, à la fois prévisible et surprenante, ainsi que l'écriture en générale, délicate mais discrète. Mais il m'a manqué un petit truc, une émotion, un attachement peut-être. Dès lors, je ne me suis pas ennuyée en lisant La singulière tristesse du gâteau au citron, que du contraire, mais je n'ai pas éprouvé grand chose, juste de l'admiration. C'est déjà ça, mais ce n'est pas suffisant.

 

Cependant, là où, sur le moment, ce livre m'a laissée indifférente, il m'a plutôt travaillée une fois refermé et a fini par me marquer après coup, suite à des impressions persistantes qui se sont développées. La chose est bizarre parce que La singulière tristesse du gâteau au citron n'est pas forcément propice à la réflexion. Mais l'auteur a réussi à créer un univers étrange et familier à la fois, dont les spécificités m'ont travaillée. Dès lors, j'ai fini par aimer ma lecture a posteriori.

 

Au final, La singulière tristesse du gâteau au citron est un roman aussi tendre et amer que le gâteau de son titre. C'est une petite curiosité plutôt originale qui laisse d'abord un drôle de goût en bouche pour ensuite se laisser savourer tout doucement, discrètement.

 

 

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