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Seuil, coll. Fiction Cie

Genre : post-exotisme, entre fable onirique et délire post-apocalyptique

Infos : 2014 – 616 p. – 22 € – ISBN : 978-2-02-113904-4

Pourquoi ce livre ? Parce que je n'arrêtais pas de tomber sur des avis donnant envie…

 

 

RESUME :

Des siècles après la fin de l'Homme rouge, dans une Sibérie rendue inhabitable par les accidents nucléaires, des morts-vivants, des princesses et des corbeaux s'obstinent à poursuivre le rêve soviétique.

 

 

MON AVIS :

Une Sibérie post-révolutionnaire, des âmes en peine qui errent, une misère sociale qui n'est égalée que par les conséquences d'accidents nucléaires, voilà un mélange d'éléments qui ne m'attirent absolument pas en temps normal. Dès lors, j'étais partie pour passer à côté de Terminus radieux. Cependant, à force de voir des personnes aux goûts différents vanter les mérites de ce livre, j'ai été intriguée et lorsque je l'ai croisé à la bibliothèque, je me suis dit qu'après tout, ça ne me coûterait que 30 centimes de tenter le coup et de voir ce qui provoque l'admiration de tant de lecteurs. Et maintenant, je regrette de ne pas l'avoir plutôt acheté parce que je l'ai noyé sous les notes sur post-its que je ne pourrai malheureusement pas garder…

 

Quelques siècles après l'avènement – et la chute – de la Seconde Union soviétique, la Sibérie n'est plus qu'un champ de désolation nucléaire et ceux qui y habitent vivent entre vie et mort, rêve et cauchemar. Une personne, Kronauer, avance dans une zone qui, il le sait, lui sera fatale, accompagné de deux inconnus qui sont devenus ses amis, en quelque sorte. Alors que le manque d'eau se fait sentir, Kronauer décide de tenter de trouver du liquide précieux pour sauver l'un de ses compagnons, incapable de continuer à avancer. Il arrive ainsi au Terminus radieux et se retrouve sous la coupe de son président, Solovieï, homme animé par l'amour de la poésie et de ses trois filles. Kronauer arrivera-t-il à échapper à l'emprise surnaturelle de Solovieï ?

 

Voici une bien misérable tentative de résumer un livre qui va au-delà de l'histoire qu'il semble nous raconter. C'est que Volodine ne nous offre pas un roman mais une étrange expérience littéraire poétiquement envoûtante. Il faut accepter de se perdre dans celle-ci pour réussir à avancer et, ainsi, à être étonné par les diverses lignes narratives qui se croisent, se rejoignent et s'additionnent entre elles en créant de nouvelles dimensions se révélant petit à petit enivrantes.

 

Terminus radieux, c'est de prime abord l'histoire d'un homme qui ne sait pas s'il est mort ou vivant. Le doute l'habite et il n'a aucun moyen d'être fixé sur son état. Cet homme, Kronauer, sera notre porte d'entrée dans un univers qui semblera tantôt situé dans un futur très éloigné habité par des valeurs socialistes, tantôt dans une fable perdue entre rêve et cauchemar.

 

Terminus radieux, c'est ensuite l'histoire d'un lieu, un kolkhoze dans lequel atterrira Kronauer et dont l'existence semble inexplicable dans un monde qui se meurt pour sous l'impact des radiations nucélaires. Enfer sur terre, terreau des cauchemars de l'humanité ou unique oasis paradisiaque dans un univers dépérissant, difficile à dire, mais l'endroit fascine autant qu'il perturbe.

 

Terminus radieux, c'est également Solovieï, président du kolkhoze qui semble posséder des pouvoirs étranges. Ce père de trois filles tentatrices qu'on ne peut toucher arrive à se glisser dans l'esprit des gens pour leur faire vivre sa poésie. Ou plus…

 

Terminus radieux, c'est peut-être aussi ou surtout Hannko Vogoulian, femme qui deviendra peu à peu écrivain et qui nous interrogera sur notre rapport à Kronauer, au kolkhoze, à Solovieï et à Antoine Volodine.

 

Car Terminus radieux n'est pas qu'une histoire, c'est une interrogation constante sur la permanence de la réalité qui nous entoure et sur les limites et le pouvoir de l'esprit d'un écrivain. Et c'est très certainement en cela que ce livre dépasse le stade de récit poétiquement envoûtant pour devenir un objet littéraire non identifié qui marquera le lecteur l'ayant parcouru en entier.

 

Mais c'est encore Volodine qui parle le mieux de Terminus radieux quand il dit ceci dans ce livre : « Ses ouvrages étaient en principe distincts et elle leur donnait un titre après les avoir conclus, mais, bien que comportant des spécificités et ne reprenant pas les mêmes personnages, ils auraient pu aussi bien être regroupés en un seul volume interminable. Ils peignaient en effet la même souffrance crépusculaire de tous et de toutes, un quotidien magique mais sans espoir, la dégradation organique et politique, la résistance infinie mais non désirée à la mort, l'incertitude permanente sur la réalité, ou encore un cheminement carcéral de la pensée, carcéral, blessé et insane. » (p. 599) Difficile de faire un résumé plus pertinent que cette mise en abyme par l'auteur de son œuvre et de son dernier « roman »…

 

Terminus radieux, c'est donc un livre à la fois effrayant, déprimant, glauque et fascinant, une expérience onirico-poétique perdue entre délire et cauchemar. Il ne livrera pas toutes ses clés lors de la première lecture mais il laisse entrevoir un univers riche et complexe donnant envie non seulement de se replonger dedans mais également d'essayer de l'inscrire dans l’œuvre de son auteur.

 

 

Autres livres de l'auteur sur ce blog :

Écrivains

Le port intérieur

 

 

Seuil / Points

Genre : euh…

Infos : 1987 (1965) – V. O. : The Crying of Lot 49 – Trad. : Michel Doury – 213 p. – 6€30 – ISBN : 978-2-02-040648-2

Pourquoi ce livre ? Au départ, je voulais lire Fonds perdus. J'ai tenté le coup en numérique mais la chose s'est avérée plutôt inconfortable. En allant l'acheter physiquement, je suis tombée sur celui-ci et je me suis (bêtement?) dit que pour découvrir Pynchon, un plus petit livre serait peut-être préférable.

 

 

RESUME :

« Écoutez, il faut que vous m'aidiez. Parce que je crois que je vais devenir folle. »

En rentrant d'une réunion Tupperware bien arrosée, Œdipa Maas apprend qu'un ex-petit ami l'a nommée exécutrice testamentaire. Le legs est étrange : des dizaines de faux timbres, signes de ralliement d'une bande de conspirateurs déjantés…

Thomas Pynchon dessine la fresque impitoyable d'un monde sans queue ni tête, et brouille les pistes avec une allégresse contagieuse.

 

 

MON AVIS :

Vous allez peut-être trouver ça bizarre mais plus j'ai du mal à appréhender un livre que je viens de lire, plus j'ai envie d'en parler ici. C'est qu'écrire un billet m'oblige à ordonner ce que je n'arrive pas à mettre correctement en place dans ma tête et s'avère – souvent, pas toujours – la meilleure manière de me sortir d'un éventuel brouillard post-lecture. Cependant, pour Vente à la criée du lot 49, j'ai bien peur que l'exercice ne soit pas suffisant pour faire ressortir du texte atypique de Pynchon sa substantifique moelle.

 

L'histoire est simple. Œdipa Maas vient d'hériter d'une dizaine de faux timbres d'un ancien compagnon. Pourquoi ? En tout cas, elle va découvrir grâce à ceux-ci une sorte de société secrète assez bizarre, ce sans savoir si l'on se moque d'elle, si elle a encore toute sa tête ou si elle se retrouve vraiment au centre d'une affaire qui la dépasse.

 

Voilà, en quelques lignes, vous avez le prétexte narratif qui donne naissance à cette étrange chose qu'est Vente à la criée du lot 49. Vont s'amalgamer autour de celui-ci toute une série de sketchs absurdes, de digressions déroutantes et d'histoires sans queue ni tête dont on ne comprend pas forcément ce qu'elles viennent faire là. Pourtant, bizarrement, on continue à lire. En partie tellement on est déconcerté. Mais surtout pour le plaisir de découvrir cette société secrète dont on nous parle par petits bouts et qui ne fait absolument pas sens, ce qui contribue à son attrait je suppose.

 

Pour être sincère, je ne suis pas sûre d'avoir compris la moitié du livre. Déjà parce que celui-ci m'a semblé être rempli de références n'étant malheureusement plus forcément très claires cinquante ans après son écriture. Cependant, ce ne sont pas ces références qui m'ont empêché de pouvoir faire l'habituel A + B mais la structure éclatée de l'histoire, l'écriture hallucinée de Pynchon et, surtout, les liens de causes à effets faussés. Point de logique ici, juste une volonté de jouer sur une ambiance déjantée (nous faisant vivre artificiellement une sorte de plongée dans le LSD?), sur un humour particulier, sur LA scène qui, faute de faire sens, nous déroutera le plus.

 

De tout ça, je ne sais que tirer. Si j'ai apprécié la rupture des codes donnant lieu à une chose ne ressemblant à rien de ce que j'ai pu lire jusqu'à présent (élément toujours positif à mes yeux), la gueule de bois que j'ai eue en sortant de Vente à la criée du lot 49 ne m'a pas forcément séduite. Reste à voir si, dans ce cas-ci de lendemain de la veille, il est plutôt conseillé de reprendre une dose du poison pour en atténuer les effets ou s'il est préférable de digérer le tout au calme avant d'éventuellement – et avec moult précautions – retenter l'expérience perturbante, parfois enivrante, parfois terrifiante…

 

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